Louis-Stéphane Grenier, artiste peintre






C’est dans sa maison, sur le bord d’un petit lac, que Louis-Stéphane Grenier a installé son « laboratoire ». Un endroit inspirant, à la fois paisible et stimulant pour le peintre épris d’espace…

Trait d’union
« J’adore ça! » s’exclame Louis-Stéphane devant le panorama qui s’offre à nos yeux depuis l’atelier. De l’autre côté des grandes fenêtres, la scène est calme, et la blancheur de la neige nous aveugle presque, tant le soleil brille en ce froid après-midi d’hiver. Qu’importe, l’atelier est chaud, chaleureux même. Un peu partout, de petites notes griffonnées rapidement; sur un pupitre, des tubes de peinture et des images représentant ici un zèbre, là une scène de l’Asie. Mais ce sont surtout des tableaux qui occupent l’espace, les uns par terre, à peine entamés, les autres accrochés en rangs serrés sur les murs. Les couleurs sont puissantes : les rouges sont sanguins, les jaunes sont ensoleillés, les bleus sont glacials. « Je mélange des pigments à mes couleurs originales, elles deviennent plus intenses », me confie Louis-Stéphane, un pot de poudre bleue à la main. Sur la table devant nous, une œuvre est en attente, l’artiste y ayant travaillé le matin même.

La pièce est petite, chaque recoin est occupé ou par une chaise, ou par une armoire, ou par une maison de poupée! Car la fille de Louis-Stéphane profite aussi de l’atelier, y entreposant ses jouets tout en rose. Cette présence inspire l’artiste peintre, qui se précipite sur un tube de peinture de la même couleur. « Je me suis dit que je pourrais commencer à utiliser le rose dans mon travail! » plaisante-t-il, en posant l’objet bien en vue, directement sur le tableau en cours. La plupart de ses œuvres sont peintes sur de vieilles portes d’appartement récupérées. Celles-ci conservent l’empreinte de leur poignée, comme un témoignage du passé. De toute évidence, Louis-Stéphane prend un malin plaisir à oser la nouveauté, l’inusité. Il est à l’aise dans ce monde où règne un agréable fouillis.

Petit retour en arrière
Là où est aujourd’hui le hall d’entrée se trouvait jadis l’atelier. Très haut de plafond, il renferme de nombreux tableaux de taille et d’époque différentes. Une série sur le plongeon côtoie un triptyque où le corps de la femme est en vedette, tandis que de grands yeux s’affichent aux côtés de tableaux plus récents. Le passage vers le nouvel atelier nous fait traverser la salle à manger, puis le salon. Les murs sont pratiquement couverts de tableaux, certains datant de ses débuts. L’artiste me pointe, très haut sur un mur, une toile richement encadrée, représentant un homme sérieux. « C’est un autoportrait. Pas mal, hein? » me glisse-t-il avec un grand sourire. Réalisée au tournant du deuxième millénaire, l’œuvre est peinte dans un style à des années-lumière de son coup de pinceau actuel. Ce fut le premier jet, en tant que peintre, de Louis-Stéphane Grenier, designer d’intérieur. Aujourd’hui, il partage son temps entre ses deux passions.

En promenant mon regard sur les travaux réalisés depuis, je constate l’expérimentation, la recherche d’une touche personnelle, d’une griffe distincte. Certains éléments présents à gauche et à droite se retrouvent aujourd’hui regroupés sur une même toile. Il est ici question de grandes fleurs de magnolia aux pétales immaculés, proéminentes et laquées jusqu’à la quasi-vitrification. Il s’agit également de courbes contrastées, de zébrures, puis de minces lignes colorées, servant à diviser, à cloisonner, à compartimenter… Toujours, des couches appliquées successivement, en transparence, et la sen­sation d’un jeu de dissimulation et de réapparition.

Le résultat? De grands tableaux, souvent à hauteur d’homme, où se cachent des mots et des visages, où des zèbres sont parfois camouflés, parfois bien en évi­dence. Des couleurs chatoyantes, vibrantes. Un ensemble hypnotisant, un mélange de structure et de désordre… Pourquoi les couleurs chaudes, les zèbres? « C’est la savane, je crois, l’espace, ça me fascine… », avan­ce Louis-Stéphane, presque interrogateur. Mais alors pourquoi les lignes, les compartiments? « Je ne sais pas trop… », commence-t-il en sondant son esprit en quête d’une réponse juste. « C’est peut-être mon côté ordonné! » s’exclame en riant celui qui, quelques minutes plus tôt, triturait un amas chaotique d’images de toutes sortes.

Tracer sa propre ligne
Que les mystérieux traits soient la manifestation d’un esprit structuré, ou qu’ils soient la réminiscence des toiles de Piet Mondrian, un peintre allemand du XIXe siècle, dont le travail plaît à Louis-Stéphane, importe peu, à vrai dire. L’instinct joue assurément un rôle de premier plan dans le travail de l’artiste. L’homme, aux yeux vifs et au sourire éclatant, s’exprime avec entrain, montrant avec de grands gestes ses travaux en cours, ceux qui sont en attente, et raconte les autres, qui sont en devenir, à l’état de projet. Son pantalon, couvert de taches mul­ticolores, se transforme en un second autoportrait, comme une mosaïque, où chaque teinte, chaque strie, trouve finalement sa place.

louis-stephane.blogspot.com

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