Myriam Bouchard, céramiste : Toucher terre

Myriam Bouchard, céramiste





« Terre en vue! » crient les marins lorsqu’ils voient la fin de leur périple. Pour Myriam Bouchard, la vue de la terre a plutôt signifié le début d’un voyage… dans son imaginaire, dans sa créativité. « Terre en vie! » pourrait-on affirmer dans le cas de cette céramiste.

Myriam Bouchard a, pour ainsi dire, « touché terre » à l’aube de la quarantaine. Designer-graphiste de formation, elle occupait un emploi cadre dans une entreprise de télécommunications à Montréal, lorsqu’elle a abandonné son emploi et déménagé à Saint-Antoine-de-Tilly. « Je n’étais plus dans mon élément : trop de technologies, pas assez de création, raconte-t-elle. J’avais l’impression de passer à côté de ce que je suis, réellement. » Son véritable élément, elle y avait touché quelques années plus tôt : la terre.

La céramiste a découvert la terre dans la trentaine. « Quand j’ai touché à cette matière, ça a été une révélation, se souvient Myriam. Il faut avoir touché l’argile pour la comprendre. Cette matière est sensuelle et elle permet le travail en trois dimensions. C’est vraiment agréable de créer avec la terre, l’eau et le feu. »

Myriam a toujours été intéressée par les arts visuels, le design et les couleurs. Elle poursuit d’ailleurs sa formation comme céramiste par des cours et des stages intensifs, ici et à l’étranger.

Terre apprivoisée
Durant ses cinq premières années à Saint-Antoine-de-Tilly, Myriam Bouchard tenait une galerie, l’Atelier des tourelles. Au hasard d’une balade dans cette région, elle avait découvert ce village et l’ancienne maison du boulanger qui était à vendre, avec ses deux tourelles… Outre ses œuvres, elle y exposait celles d’une vingtaine d’artistes et artisans pour lesquels elle avait eu un coup de cœur. Cette galerie est rapidement devenue un lieu de référence pour qui aime découvrir et se procurer des œuvres originales.

En septembre 2008, l’artiste ferme sa galerie, voulant désormais se consacrer entièrement à sa production. Dès l’été, elle sera réinstallée dans un nouvel atelier à Saint-Antoine-de-Tilly : un grand bâtiment à l’arrière de la maison, avec vue sur le fleuve. Inspirant! Elle aura dès lors tout le temps nécessaire pour explorer davantage le monde de l’argile. « La céramique, c’est très vaste, affirme-t-elle. Par exemple, c’est complètement différent selon le mode de cuisson au four électrique, au gaz ou au bois. Le temps de cuisson, la distance entre la pièce et la source de chaleur, les glaçures sont d’autres éléments qui changent tout. »

Myriam utilise différentes techniques de cuisson et fait ses propres glaçures. « Je ne veux pas faire de la série et je me dirige de plus en plus vers la pièce unique, commente-t-elle. Mais je continue aussi à faire de l’utilitaire. »

Le Japon
La majorité des céramistes québécois cuisent leurs pièces au four électrique. Pour sa part, Myriam Bouchard a un penchant pour la cuisson au bois avec les glaçures Shino, des techniques ancestrales japonaises. « Au Japon, avec ce processus, la cuisson peut prendre jusqu’à une semaine! »

Le résultat final de ce mode de cuisson (au bois) laisse place à de merveilleuses surprises. « Ça crée des couleurs qui ne sont pas homogènes, explique-t-elle. Il faut savoir qu’au Japon, les défauts deviennent des qualités. Ils n’essaient pas de les cacher; s’il y a une coulisse, ça devient une valeur rajoutée à la pièce. Ces pièces sont recherchées par les connaisseurs. »

Inspirée par l’Asie, Myriam compte d’ailleurs séjourner une deuxième fois au Japon en 2010 pour suivre des stages à Mashiko, une ville reconnue pour sa poterie et où vivent plus de 400 céramistes.

Elle me confie qu’en attendant, elle travaille sur des céramiques autour du thème du thé. Vous pourrez les voir, avec ses autres œuvres, à son nouvel atelier qui sera ouvert au public cet été uniquement sur rendez-vous.

www.atelierdestourelles.com

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