Josée Dallaire, artiste peintre : 9-11, urgence

Josée Dallaire, artiste peintre





Josée Dallaire est dans son bureau avec ses collègues lorsque les avions frappent les tours du World Trade Center. Ils sont rivés à l’écran de leur ordinateur pour ne rien manquer des événements tragiques qui surviennent. Au centre-ville de Montréal, Josée se sent loin de ses enfants. Et loin de ses rêves. Sa vie bascule : urgence de vivre, urgence de peindre. Qui m’aime me suive!

Josée Dallaire découvre rapidement sa passion. « J’avais à peu près dix ans lorsque ma marraine m’a amenée dans les galeries d’art », se souvient-elle. Un coup de cœur! Je me disais : “Ah mon Dieu, j’aimerais tellement faire ça…” Mais c’était comme un rêve inatteignable. »

Josée dessine tout de même. « En quatrième année, au lieu d’écouter, je dessinais les autres élèves. Ma passion, c’était les portraits. J’ai toujours aimé les traits du visage. Mais je n’ai pas été encouragée à poursuivre en art. Mes parents, comme bien d’autres, disaient que c’était trop difficile d’y gagner sa vie. » Josée complète donc un baccalauréat en information scolaire et professionnelle. « J’ai aidé les autres à se découvrir alors que je ne m’étais pas découverte », ironise-t-elle aujourd’hui.

Jamais satisfaite, elle occupe plusieurs emplois : formatrice pour la recherche d’emploi, agente socioéconomique, représentante pharmaceutique, intervenante de rue en psychiatrie… Elle travaille même dans une galerie d’art durant deux semaines… Trop frustrant peut-être? Elle obtient finalement un emploi très bien rémunéré dans la fonction publique. Elle venait tout juste d’acquérir sa permanence lorsque les avions ont frappé les tours et que tout a basculé.

L’art non négociable
À son retour du bureau, Josée parle à son chum. Elle : « J’ai laissé mon emploi. » Lui : « Tu es tombée sur la tête! » Elle : « Je vais peindre » Lui : « Tu es complètement folle… »

Suspense. Le chum de Josée, le père de ses enfants, est-il resté? « Ça n’a pas été facile parce que je l’ai mis devant le fait accompli. Parce que je l’avais déjà entendu, je ne voulais pas qu’il me dise que ça n’avait pas de bon sens, que personne ne vit de ça… Ce n’était pas négociable. Je lui ai dit : “Tu embarques ou tu t’en vas”. Tout a failli basculer, mais il est toujours là et est très heureux lui aussi. » Le rêve inatteignable se réalise donc…

Femmes de rêve
Auparavant passe-temps (Josée a commencé à peindre au début de la vingtaine.), le pinceau devient gagne-pain. Elle suit des cours soigneusement choisis pour ce qu’ils peuvent lui apporter concrètement. Alors qu’elle se concentrait sur le portrait, le cadre s’élargit désormais; le corps de la femme apparaît. « Une femme, c’est intérieur, c’est subtil, c’est complexe », explique-t-elle.

Josée exploite le thème de la sensualité de la femme. « Je veux l’exprimer d’une manière différente de ce qui est véhiculé actuellement dans les médias. Il n’y a plus de suggestion, c’est tellement cru… » Elle a donc trouvé une façon de reca-drer la féminité et la sensualité. « Je suggère des corps, sans tout donner. Je les mets dans un contexte abstrait, la femme fait partie d’une autre ambiance. Il y a une énergie qui traverse la femme par une gestuelle très spontanée. »

Cette énergie, c’est la sienne, mais elle est traduite par la personne qui regarde le tableau. « Ce que moi j’exprime n’est pas nécessairement ce que perçoit l’observateur. L’important, c’est que quelque chose soit senti. »

Symbolisme
À l’amorce d’une toile, Josée ne sait jamais ce qui va en résulter. « J’ai une inspiration, puis je me lance. » Pour traduire son ima-ginaire, elle utilise différents médiums et techniques comme le transfert d’images, le dessin, la peinture et le papier japonais.

Le décor abstrait se révèle au début, la femme s’y intègre par la suite. De même qu’une forme géométrique. Il y a toujours un carré, un triangle, une croix, un cercle ou une spirale. « Par ses recherches, Angeles Arrien, une anthropologue, a découvert que ces cinq formes étaient présentes dans toutes les cultures, à travers toutes les époques. Dans son livre Signs of Life, elle a rattaché ces symboles à des caractéristiques psychologiques humaines, à des types de personnalités. »

Nous aurions pu discuter pendant des heures de ce que Josée raconte à travers ses tableaux. Elle a beaucoup à dire, beaucoup à peindre. Il est urgent qu’elle poursuive son œuvre…

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