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Huguette Joncas, sculpteure : Îles de mes rêves...






Madame Joncas, racontez-moi votre parcours… Quand tout cela a-t-il commencé? « J’avais 7 ans , se souvient-elle. Je sortais par la fenêtre de ma chambre, sur un petit toit, et je voyais une cour intérieure. Le mur du bâtiment à côté était entièrement vitré. C’était un atelier d’artiste. Ma mère m’avait bien défendu de descendre, mais voilà… »

Pleine d’une juvénile désobéissance, Huguette décide tout de même de tenter sa chance. En descendant par l’échelle, elle se retrouve devant la porte de l’atelier de l’artiste-peintre Raymond Lamier, qui l’accueille chaleureusement. L’homme, qui se déplace en fauteuil roulant, lui fait visiter les moindres recoins de son atelier. Puis arrive l’invitation : « Il m’a dit qu’il donnait des cours aux enfants, le samedi », raconte-t-elle en replongeant dans ses souvenirs. Après avoir convaincu sa mère, elle se rend au cours munie de ses dessins, des reproductions. Le peintre considère son travail d’un œil critique. « Il a regardé ça un moment, et puis il a tout déchiré! » m’avoue-t-elle avec un rire franc. L’artiste l’amène vers la table de travail et lui plonge les deux mains directement dans la peinture. Le message est clair. « Il m’a dit : “Dès aujourd’hui, tu com­menceras à créer à partir de ton imagination” ».

Raymond Lamier fait partie des personnes qu’Huguette considère comme ses « maîtres », ceux qu’elle a rencontrés au bon endroit, au bon moment. L’un d’entre eux, toutefois, se révèlera être plus qu’un professeur : il s’agit de Jean-Paul Garneau, qui deviendra son compagnon de vie. Sculpteur-fondeur, l’artiste lui apprend tout sur la sculpture de bronze de même qu’une façon de travailler qui laisse une place prépondérante à l’intuition : la sculpture directe. La technique demande un travail de la matière sans idée préconçue, sans croquis. Voilà qui promettait…

Le grand déménagement
C’est en 2007 qu’Huguette et son conjoint accomplissent leur plus grand défi. Après plusieurs virées aux Îles-de-la-Madeleine, ils ont eu un coup de fou­dre. Le couple est conquis par la beauté sauvage du lieu et par la dyna­mi­que artistique qui y règne. Ils font l’acquisition d’un bâtiment abandonné, une an­cienne salle communautaire, qu’ils rénovent avec passion. Le premier étage sert à la galerie et à l’atelier, tandis que le second est aménagé en logement.

Forte de ses études en arts plastiques au cégep et aux beaux-arts à l’uni­versité, Huguette réalise des sculptures aux formes parfaites. Avec un grand sérieux, elle se plonge dans des explications techniques qui mènent à la création d’une pièce. Ce faisant, elle s’incarne entièrement dans son travail de sculpteure. « Je fais d’abord couler mes pièces dans une fonderie profes­sion­nelle. À l’atelier, je fais tout le travail de finition. Je commence par la soudure, pour assembler les pièces en aluminium et celles en bronze. Puis, le polissage et la patine. Pour la couleur, je travaille avec des acides. En provoquant l’oxydation, je fixe la couleur. En terminant, je mets une cire », conclut-elle.

Les oiseaux des Îles
L’artiste accomplit de petites séries d’œuvres, dont la figure principale est l’oi­seau. Dans sa démarche, l’artiste tente de donner une ressemblance humaine aux oiseaux. « C’est de cette façon que je veux faire réfléchir. J’essaie de raconter une histoire », explique-t-elle. En ce moment, ce sont les roues qui l’intéressent particulièrement. Huguette démystifie le lien entre l’animal et l’objet : « Vous voyez, l’oiseau, c’est le symbole de l’âme, de l’amitié entre Dieu et les hommes. La roue? Eh bien, quand tu es sur une roue, tu dois avancer. Si tu t’arrêtes, tu tombes. C’est l’évolution », illustre-t-elle. Depuis peu, Huguette intègre un œuf à ses œuvres. Ce corps vivant s’harmonise à la perfection avec le message qu’elle souhaite transmettre : « L’œuf, c’est la suite… », m’apprend-elle.

Huguette sent l’influence du climat des Îles sur son subconscient d’artiste. « Ici, il y a beaucoup de paix. L’horizon est loin. Ce sont de grandes étendues. On est entourés d’eau, c’est très paisible », décrit-elle. Puis, en mars 2011, un drame survient : Jean-Paul Garneau décède, après une courte maladie. La vie d’Huguette est complètement chamboulée. Cependant, il faut continuer d’avancer, malgré le vide. C’est le travail qui permettra à l’artiste de reprendre son quotidien. Plusieurs grands engagements la poussent à se dépasser. Huguette, dans sa souffrance, aurait pu refuser cette charge soudaine. Pourtant, elle accepte. « Jean-Paul disait toujours : “Laisse donc l’avenir s’arranger avec l’avenir!” raconte-t-elle avec douceur. Nous étions heureux ici. Jean-Paul est parti en paix. Il m’a donné beaucoup de force. Je continue comme ça aujourd’hui », conclut-elle avec sagesse. En fermant les yeux, on a presque l’impression d’entendre le ressac et le cri des mouettes dans sa voix…

Huguette Joncas, sculpteure
296, chemin d’en Haut
Havre-Aubert
418 937-1092
www.creationsgarnojoncas.com

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