Olivier Dorais, ébéniste : Le temps des cigales






Dès mon entrée sous la tente de Plein Art 2011, la foule semble dense, mais détendue et heureuse d’y être. Je me dirige vers le kiosque d’Olivier Doray, du Temps des Cigales. En principe, pour l’entrevue, nous devions bénéficier d’une petite demi-heure en tête-à-tête pendant qu’un ami s’occuperait des visiteurs. À mon arrivée, il m’annonce qu’il est seul! Il faudra donc faire autrement!

« Voilà ce que je ferai : je vous observerai et je prendrai des notes. On parlera entre les clients! » lui ai-je proposé. Il a aussitôt opiné. « On est chanceux, c’est une petite journée tranquille! » m’assure-t-il en souriant alors qu’autour de nous, il n’y a que du monde! Je détaille le jeune homme sérieux et courtois qui se trouve devant moi. Il s’enquiert auprès de visiteurs; je le sens décontracté et sûr de lui pendant qu’il donne des explications. Il réussit sans peine à captiver son auditoire, et d’autres visiteurs s’approchent. Le kiosque est bien illuminé, sobre, accueillant. Sur une étagère au fond, les assiettes et bols sont entassés. Une foule s’amasse devant le kiosque. Les commentaires me parviennent étouffés parmi le brouhaha général : « C’est beau! », « C’est grand! », « C’est bien pensé! ». Olivier tient dans sa main le dernier-né de sa production : la Monique à légumes. Ce gadget fabuleux permet de ramasser les fruits et les légumes qui sont sur la planche à découper et de les amener vers la surface de cuisson. « Mes planches sont très lourdes, donc très stables. Par contre, au moment de transporter la nourriture vers le four, c’est plus difficile », m’explique-t-il. Mais pourquoi la Monique? « C’est pour ma mère, Monique, qui me harcelait depuis des années pour que je lui invente un ustensile adéquat! »

« Je suis ébéniste de formation, mais j’ai commencé à créer des objets qui servent à la cuisine par besoin. Je cuisinais et me disais : “oui! Ça, ce serait parfait!” Alors, j’inventais la pièce », me raconte l’artisan. Ce qui l’a amené à la cuisine? « Je ne sais pas vraiment… Mes parents cuisinaient un peu, bien sûr, mais… Je crois que c’est vraiment la gourmandise qui m’y a mené! » pense-t-il tout haut. Il fabrique des planches à découper pour la famille, les amis. Quelques-uns l’encouragent à proposer ses créations dans des boutiques. Il y présente sa fameuse planche à découper. « Ça a fait fureur! Après, j’ai créé d’autres objets, et voilà… », se rappelle le créateur.

Un petit groupe s’avance vers le kiosque. La carte d’affaires d’Olivier attire tous les regards : un petit carré de bois représentant la cigale. Au dos, ses coordonnées. Simple et attrayant! Les gens posent timidement quelques questions : « Quel est ce bois? » et « D’où vient-il? ». L’artisan s’enflamme, la passion dans la voix : « C’est de l’érable, un bois très dur. Je l’utilise principalement, en compagnie du noyer noir et du cerisier… ». Les explications se perdent dans le tumulte général. La foule grouille beaucoup. Olivier est parfaitement à l’aise à travers tout ce monde. Alors que nous avons quelques minutes devant nous, il me confie qu’être artisan n’est pas un métier de tout repos : « Il faut avoir tous les talents. Certains sont parfaits à la création, d’autres sont maîtres dans la fabrication, mais sont incapables de vendre leur produit. Il faut parfois déployer des trésors de charme pour présenter convenablement ses créations. »

Il me rapporte avec fierté la Monique à légumes. Cette pièce semble trop belle pour être utilisée. « Oui, beaucoup de gens me disent la même chose. Pourtant, regardez un fauteuil de cuir. Il est beau quand il est neuf, mais tellement plus quand on peut lire sur sa surface les marques de l’utilisation. C’est la même chose pour les planches à découper, les assiettes et la Monique : je veux y voir les coups de couteau, les signes qui montrent avec évidence que les gens s’en servent. C’est tellement plus beau à ce moment-là! » lance Olivier Doray. Des enfants manipulent avec curiosité les ensembles à épices. Les gens se pressent, certains d’entre eux, qui étaient venus un peu plus tôt, reviennent, l’air décidé. Ils choisissent une assiette, un bol. Ils papotent agréablement avec l’artisan souriant et décontracté.

Une dame s’avance, il la salue chaleureusement en lui lançant : « Nous aimerions faire des fajitas pour souper, peux-tu nous donner quelques conseils? » Je comprends rapidement que ces deux-là se connaissent, et ce qu’il y aura au menu ce soir! En observant Olivier discuter chaudement « bouffe », je remarque encore une fois l’exaltation qui illumine son regard. Mon calepin déborde de notes incompréhensibles, gribouillées précipitamment. Je prends finalement congé après avoir serré une main franche, heureuse de ma rencontre, tandis que les paroles d’Olivier flottent légèrement dans l’air surchauffé : « La cigale ayant cuisiné toute la journée… invite sa voisine à souper! »

Olivier Doray, Le Temps des Cigales
1718-B, route 132 E
La Pocatière
418 856-6228
www.letempsdescigales.com

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