Clément Lemieux, sculpteur et peintre : Bois d’œuvre






DĂ©jĂ , au tĂ©lĂ©phone, la voix Ă©tait chaleureuse : « Oui! Oui! Venez! Je vais vous montrer tout ça, vous savez, oĂą je travaille, mes sculptures, tout! » sÂ’exclamait-il avec entrain. CÂ’est donc la main tendue que ClĂ©ment Lemieux mÂ’accueille en ce lundi après-midi dÂ’automne, dans son antre de crĂ©ation.

« Venez, venez! Je vais vous montrer! » mÂ’encourage-t-il dÂ’emblĂ©e, se dirigeant vers une porte fermĂ©e. Nous pĂ©nĂ©trons dans une petite pièce oĂą presque chaque recoin est occupĂ© par une sculpture, chaque pan de mur, par un tableau. JÂ’Ă©carquille les yeux dÂ’Ă©merveillement, devant les vives couleurs qui recouvrent ses Âśuvres. Une sculpture, beaucoup plus grande que moi, attire mon attention : les tons de rouge, dÂ’orange, de vert et de bleu scintillent sous la lumière. Je recule, impressionnĂ©e. Les personnages sont abstraits : les membres, sÂ’imbriquant doucement, sont simplifiĂ©s, les formes sont rĂ©duites Ă  lÂ’essentiel. Le sculpteur ne cherche pas Ă  reprĂ©senter le visible, il sait que tous comprendront son propos.

Je m’arrache à la contemplation de cette immense statue, et nous poursuivons notre visite. Nous traversons une partie de la maison jusqu’à une porte menant à une remise, qui lui sert à entreposer ses œuvres. Clément Lemieux ouvre et s’efface pour me laisser entrer. J’en ai presque le souffle coupé. Encore une fois, des dizaines d’œuvres s’entassent, tant sur les murs que sur des étagères de verre, ou directement au sol. Les couleurs chatoient sous les spots d’éclairage. Le sculpteur se déplace entre les pièces, m’expliquant pourquoi ceci, comment cela.

Autoapprentissage
ClĂ©ment Lemieux est autodidacte. Bien sĂ»r, il a suivi une formation en sculpture. Mais elle a Ă©tĂ© très courte : Ă  peine une trentaine dÂ’heures. Pourquoi? CÂ’est que le travail de lÂ’apprenti sÂ’avĂ©rait dĂ©jĂ  supĂ©rieur Ă  celui de bien des professionnels. Rapidement, il est remarquĂ© par un galeriste, qui lui enjoint dÂ’abandonner ses Ă©tudes en lui faisant une Ă©trange recom­mandation : « Il mÂ’a dit “laisse tomber le cours, ClĂ©ment. Tu vaux mieux que ça. Le professeur, il va te corrompre!” » raconte lÂ’artiste en riant.

Il dĂ©laisse donc ses Ă©tudes et sÂ’applique Ă  travailler en suivant son ins­tinct. Il intègre, dans ses sculptures, une partie de lui-mĂŞme. « Vous savez, vous pouvez connaĂ®tre la technique, mais le reste, cÂ’est vous », mÂ’enseigne-t-il posĂ©ment. Devant nous, une sĂ©rie de petites sculptures de bois brut, incolores, mais brillamment vernies. Elles sont faites dÂ’Ă©pinette ou de cerisier. Les cernes de croissance de lÂ’arbre dÂ’origine sont mis en valeur par le dĂ©pouillement de la pièce. Toujours, ses personnages se tiennent Ă  bras-le-corps, leurs membres interminables fusionnant admirablement. ClĂ©ment regarde son travail, mĂ©ditatif, et prĂ©cise sa pensĂ©e : « Chaque type de bois a ses contraintes. Vous les surmontez, et cÂ’est ainsi que vous apprenez. Puis, vous y mettez votre âme. Mais votre âme aussi a des contraintes, et le bois vous aide Ă  les surmonter! » dĂ©clare-t-il, les yeux brillants.

LÂ’amour du travail
Nous revenons vers la maison. DĂ©jĂ , dans lÂ’escalier qui descend vers le sous-sol, lÂ’odeur puissante du vernis dÂ’urĂ©thane nous enveloppe. LÂ’endroit est presque entièrement consacrĂ© Ă  la pratique de ClĂ©ment. Droit devant, un grand rideau de plastique est Ă©clairĂ© par une faible lumière, situĂ©e derrière. CÂ’est la chambre de peinture. Ă€ droite, une autre porte. Celle-ci sÂ’ouvre sur un petit atelier Ă  plafond haut. Les murs, les planchers, les casiers, les armoires : tout est couvert dÂ’une fine poussière, rĂ©sultat dÂ’un sablage intensif. Au sol, deux sculptures Ă  peine entamĂ©es, rĂ©vĂ©lant les multiples coups de gouge, cet instrument proche dÂ’un couteau Ă  bois que ClĂ©ment utilise. « Voyez, il y a toujours de lÂ’amour dans mon travail. Regardez! Il y a des cÂśurs partout! » mÂ’explique-t-il fĂ©brilement en mimant du doigt la forme dĂ©robĂ©e. Entas­sĂ©es sur une Ă©tagère basse, dÂ’autres pièces attendent leur tour.

Au mur, quelques icĂ´nes religieuses sont alignĂ©es, tĂ©moignage de la foi de ClĂ©ment. Je lui demande si ces images influencent son travail. DÂ’abord embarrassĂ©, il sÂ’enflamme rapidement. La foi est partie intĂ©grante de sa vie, et elle sÂ’exprime subtilement dans ses Âśuvres : « Vous savez, on met un peu de nous, lĂ -dedans, alors oui, ça paraĂ®t forcĂ©ment quelque part », commente-t-il.

Une autre petite porte mène Ă  un rĂ©duit bourrĂ© dÂ’Ă©tagères, oĂą sÂ’accu­mulent des centaines de tableaux de toutes les tailles : la caverne dÂ’Ali Baba! JÂ’ai, devant les yeux, le rĂ©sultat de cinq annĂ©es de travail pour ClĂ©ment qui, visiblement, adore ce moyen dÂ’expression. « Je suis un bourreau de travail! » lance-t-il joyeusement, me prĂ©cĂ©dant dans lÂ’escalier.

Le meilleur Ă  venir
Je lui demande alors sÂ’il compte travailler encore longtemps. « Tant que la santĂ© me le permettra. Et puis, je nÂ’ai pas encore fait ma meilleure sculpture! » raille-t-il doucement. Difficile de ne pas succomber Ă  la personnalitĂ© de lÂ’artisteÂ… Mais encore plus difficile de ne pas ouvrir des yeux bĂ©ats dÂ’admiration devant ses chefs-dÂ’Âśuvre Ă©clatants et colorĂ©s!

Clément Lemieux • 418 837-9911

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