Isabelle Vasseur, potière : La beauté de la terre






C’est une grande histoire d’amour qui s’est établie entre Isabelle Vasseur et la poterie. Dès l’adolescence, elle attendait avec impatience les cours d’arts plastiques qui se donnaient à l’école. Pourtant, son chemin s’est peu à peu éloigné de la poterie,
jusqu’à ce qu’un bon matin…

Au départ, Isabelle faisait de la comptabilité et diverses tâches de secrétariat. « Un jour, jÂ’en ai eu assez dÂ’additionner des colonnes de chiffres », se souvient-elle. En 1998, elle sÂ’inscrit au Centre de céra­mi­que Bonsecours, dans la région de Montréal, tout en poursuivant son travail. « JÂ’avais besoin de faire quelque chose de plus concret, de plus réel », ajoute-t-elle. En 2002, après cinq ans d’études, elle obtient enfin son diplôme. Puis, elle se met à explorer la matière. Elle affectionne particulièrement la réalisation dÂ’objets utiles, pratiques, comme les bols. Dans son atelier, au sous-sol de sa maison de Sainte-Gertrude, elle conçoit et réalise une grande variété de pièces. LÂ’inspiration lui vient facilement, au simple contact de la nature. « JÂ’habite à la campagne. Quand je regarde le champ derrière la maison après une grosse pluie, les couleurs sont vraiment extraordinaires. Et puis clic! Ça y est! » lance-t-elle. Le contact avec les fleurs, les arbres, entre autres, lui procure matière à réflexion. « JÂ’aime copier la nature, car elle est très bien faite. Elle possède des formes simples, parfaites », commente-t-elle.

La potière ne fait que des croquis rudimentaires; ils suffisent pourtant à la guider dans la réalisation de ses pièces. La matière première, un grès prémélangé, est dÂ’abord pétrie, séparée en boules, puis pesée. Les bols et les assiettes sont faits de grès rouge, et les sculptures, de grès blanc. Étant pâle, ce dernier matériau permet à lÂ’artiste dÂ’y peindre les couleurs les plus éclatantes. Après avoir fabriqué la pièce au tour électrique, Isabelle lui fait subir une première cuisson, à 950 °C environ. Quelques heures plus tard, lÂ’objet est prêt pour la coloration finale, réalisée à lÂ’aide de glaçure. LÂ’artiste utilise une technique qui semble diablement efficace : « JÂ’utilise une petite poire, vous savez, comme celle que lÂ’on prend pour nettoyer le nez des très jeunes bébés! Je la remplis de glaçure, que je pousse sur le pinceau pendant que je tourne! » La deuxième cuisson se fait à une température plus élevée, soit environ 1 200 °C. La glaçure contient une petite quantité dÂ’argile, ce qui permet au produit de se marier à la pièce de façon durable et parfaite.

La route de lÂ’innovation
Au cours de la dernière année, Isabelle sÂ’est mise à étudier différentes façons de faire. En combinant le grès blanc au grès rouge, elle obtient ce quÂ’elle nomme la terre colorée. En poussant plus loin ses expérimentations avec les glaçures et les colorants, elle parvient à créer des couleurs tout à fait extraordinaires. « Je réussis ainsi à réaliser des pièces pour lesquelles la cou­leur est non pas appliquée après cuisson, mais complètement intégrée au matériau », explique-t-elle. Le résultat est étonnant. Des marbrures, presque comme celles que produirait une préparation à gâteau chocolat-vanille, se retrouvent profondément incrustées dans les parois de lÂ’objet.

Récemment, Isabelle sÂ’est mise à fureter du côté des objets décoratifs. Un thème, la féerie, lui a inspiré quelques Âœuvres tout à fait inédites, dont un petit singe accroupi dans une pose singulière. « CÂ’est un lutin de jardin! Je lÂ’ai modelé pour quÂ’il ait lÂ’air de cueillir quelque chose », explique celle qui adore le jardinage. Cette dernière activité lui ravit dÂ’ailleurs plusieurs heures de ses journées estivales. De son atelier, il lui est parfois trop facile de sÂ’esquiver pour aller fouiller dans le jardin! Néanmoins, celui-ci lÂ’inspire également pour créer des pièces faisant référence au thème de la féerie : des champignons géants ou bien des tuiles en haut relief représentant des feuilles ou des oiseaux. CÂ’est à la suite dÂ’une exposition regroupant plusieurs de ces Âœuvres quÂ’un galeriste lÂ’a approchée pour lui proposer de transporter lÂ’exposition où il habite, à Magog. Jusqu’à la mi-octobre, trois artisans et elle exposent leurs pièces aux Trésors de la Grange. En plus des salons des métiers dÂ’arts et des expositions temporaires, Isabelle a participé au Marché des potiers, qui se tient à Mont-Saint-Grégoire chaque année.

Malgré les succès, lÂ’artiste ne demeure pas longtemps en place. Elle ne se contente pas de la simple routine. Elle adore explorer les possibilités, expé­rimenter des techniques originales, tâter la nouveauté, sÂ’aventurer ici et là à la recherche de la moindre étincelle, celle qui lui donnera lÂ’idée, le déclic. CÂ’est pourquoi elle ne réalise que de petites séries dÂ’Âœuvres. Ceux et celles qui lÂ’incitent à se dépasser? « Ma mère! CÂ’est une très bonne cliente, mais aussi une excellente critique. Je fais également confiance à mes amis, qui me disent souvent si un produit leur plaît ou pas », confie-t-elle. Surveillons donc les nouveautés!

Isabelle Vasseur
8200, rue des Ormes | Bécancour | 819 297-2923

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