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Goyer-Bonneau, céramistes : La terre promise






Lorsque je lui demande pourquoi elle a choisi la céramique, Denise Goyer me répond d’une voix claire et assurée : « C’est une matière qui m’a fascinée, depuis toujours. » Et ce sont les argiles des rives du Richelieu qui l’ont initiée…

Toute jeune, elle y passait ses étés, avec ses parents, dans le chalet familial. Là, comme tant d’autres enfants, elle se retrouvait infailliblement sur les berges de la rivière, à pétrir la terre. « Après l’avoir modelée, je la faisais sécher au soleil. J’aimais tellement cela! » confie-t-elle.

Au milieu des années 1960, Denise, alors adolescente, assiste à une démonstration qui l’emballe : un humoriste bien connu, artiste à ses heures, tournait devant son public une pièce d’argile. « Le monde artistique était en effervescence, il y avait l’Expo 67, des créateurs du bout du monde venaient à Montréal », se rappelle-t-elle. Séduite, elle succombe à l’exaltation du moment et s’inscrit à l’Institut des arts appli­qués, à Montréal. Elle y fait la rencontre d’Alain Bonneau, qui devient son complice de vie. C’est le début d’une longue et fructueuse association, qui dure depuis maintenant plus de 40 ans.

Le choix de l’artisanat
Pourtant, à l’origine, Denise Goyer se destinait à une autre carrière. Elle avait d’abord été captivée par le design industriel, par les procédés et techniques de fabrication de la céramique. Déjà, avant sa rencontre avec Alain, elle avait entrepris des démarches pour intégrer une industrie en Beauce. Cependant, les deux jeunes amoureux d’alors répugnent à s’éloigner l’un de l’autre, car Alain, graphiste, ne peut abandonner son métier pour suivre sa promise. N’oublions pas que nous sommes au début des années 1970… Denise fait alors un compromis : oublier le design industriel et ouvrir, à Saint-Bruno, un atelier de fabrication de céramique. Un choix qu’elle ne regrettera pas!

Avec le temps, le duo aspire à plus. Alain et Denise cherchent, jusqu’en Gaspésie, une maison où ils pourront allier sous un même toit travail et vie quotidienne. C’est le père d’Alain qui tranchera la question en leur proposant son aide pour la construction d’une résidence-atelier, qui répondra à tous leurs besoins… Car ils rêvent également de fonder une famille. Les travaux, exécutés par le père et le fils, se terminent en 1974. La maison d’inspiration bretonne, dessinée par Alain, fait la joie du couple. En 1975, Alain abandonne définitivement le graphisme et se joint à Denise pour travailler à temps plein à l’atelier. Grâce à une petite clientèle déjà fidèle à Denise, la production démarre pour de bon.

Les lignes exprimées
La réussite d’un design est surtout le fruit d’une discussion et d’une collaboration de tous les instants entre Denise et Alain. C’est l’observation qui enclenche le processus. S’ensuit la réflexion. Parfois très longue, celle-ci conduit à la réalisation de nombreux croquis. La fabrication du moule et des pièces lui succède. Séchage et cuisson ferment la marche. Cependant, malgré les soins apportés à la réalisation de chaque étape, il survient, de temps en temps, des surprises... déroutantes! « La terre est une matière capricieuse. Elle peut craquer, casser. Un collègue m’a même déjà dit qu’il croyait que, parfois, des fantômes s’amusaient à ses dépens! » rapporte Denise avec un sourire dans la voix.

Les objets qui sortent de l’atelier sont en tous points magnifiques. Lignes sobres, contours définis et tons classiques s’amalgament à la perfection dans chaque ustensile. La beauté du design s’allie à la fonction, sans compromis. Une tasse blanche, toute simple mais magnifique, attire l’attention : elle est dépourvue d’anse. L’idée prend racine dans le passé de Denise : « Je suis la quatrième d’une famille de onze enfants, raconte-t-elle. Chez moi, les anses ne restaient pas longtemps [sur les tasses]! » Et voilà qu’ici ou là, sur certaines pièces, apparaît un cercle contrastant… Je lui demande pourquoi. Denise réfléchit un moment avant de répondre : « C’est le pouce que l’on introduit dans la boule de terre… Le point de départ, en fait… »

Le monde dans une théière
Certaines pièces créées par le tandem ont eu un succès foudroyant. C’est le cas d’une théière, aperçue par des visiteurs chinois lors d’une exposition à Philadelphie. Ces derniers se sont empressés d’en rapporter un exemplaire chez eux, dans l’empire du Milieu. Oui, oui, à l’endroit même où la coutume de la dégustation du thé est née, il y a de cela quelques millénaires. « Ça nous a apporté une petite fierté », avoue Denise humblement.

Au-delà de la fonction ou de la ligne, un je-ne-sais-quoi guide l’artiste quand elle crée un objet : « J’ai besoin de ressentir une magie à la vue d’une tasse ou d’un bol, une âme peut-être. Je dois avoir le sentiment qu’une communication, qu’une histoire, qu’un projet émane des contours de la pièce. Ça va plus loin que la simple fonction », révèle Denise avec passion. Fascination, fascination, quand tu nous tiens…

www.goyerbonneau.com

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