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Marie-Claude Parenteau-Lebeuf, écodesign et art de récupération : Convertir sans soutane






Elle est audacieuse. Elle est différente. Marie-Claude Parenteau-Lebeuf a quelque chose d’unique à offrir.

Table aux pattes faites d’isolateurs obsolètes, patère fabriquée de métaux recyclés, bougeoir de verre récupéré? Tout cela! Mais attention! Rien de douteux, rien de bringuebalant! Seulement des objets bien pensés, et solidement conçus. Par qui? Oubliez tout de suite les « rastas » et la jupe de laine : Marie-Claude est une jeune designer moderne et dynamique, qui a poussé plus loin que la plupart de ses confrères le concept d’écodesign.

Revenons en arrière. À la fin de son baccalauréat en design, son ambition est simple : la fabrication de meubles. Elle choisit de se faire la main dans le cadre de son projet de fin d’année. Mais voilà, des limitations s’imposent : « J’avais très peu de sous, et je ne pouvais pas me permettre d’acheter des matériaux neufs », raconte-t-elle. Nous sommes alors à la fin des années 1980, dans un Montréal consommateur… et jeteur! C’est une décision facile pour Marie-Claude que de prendre, dans la rue, pièces de métal et morceaux de bois abandonnés par le citoyen.

Honorer son passé…
Son choix s’explique peut-être par le fait que, dès sa plus tendre enfance, elle baigne littéralement dans la « revalorisation », comme elle qualifie elle-même les pratiques de ses parents. Car oui, ce sont bien les racines familiales qui influencent, au départ, les choix de vie de Marie-Claude. Imaginez : sa mère demandait déjà à sa progéniture, il y a 30 ans, de trier papier, métaux et verre! « Forcément, ça forge l’esprit, ces choses-là! » dit-elle en riant.
Après un intermède qui la mène de Vancouver à Manille, elle rentre au Québec. La jeune designer d’alors réalise que le marché n’est pas tout à fait prêt pour les meubles fabriqués de matériaux recyclés. L’entrée chez les commerçants s’avère difficile. Qu’à cela ne tienne! En compagnie d’un collègue, elle crée en 2006 la boutique-galerie Monde Ruelle, où elle pourra, sans contrainte, exposer et vendre ses créations. Rapidement, de nombreux artistes d’horizons différents, mais possédant une philosophie commune, se greffent à son entre­prise. Tout devient possible.

… tout en contemplant l’avenir
Il faudra un premier client branché pour mettre en branle la locomotive de Marie-Claude. L’homme demande quelques tables pour son appartement. Il ne veut pas n’importe quoi. D’où viendra la matière première? Révolu, le temps où Marie-Claude écumait les ruelles à la recherche du « bon morceau ». Fini, le ramassage éclectique d’il y a 20 ans. Son travail s’est aujourd’hui transformé en une technique raffinée de récupération. Elle sillonne maintenant les cours des récupérateurs, cherche des yeux, trie, puis choisit les matériaux qui lui parlent. « Je ne présente pas une grande importance financière pour les récupérateurs. Mais bon, ils me trouvent cute! J’ai avec eux de bonnes relations d’affaires », explique-t-elle.

Durant l’une de ces incursions, l’artiste a une vision : devant ses yeux écarquillés reposent quelques très beaux morceaux de porcelaine, d’une blancheur écla­tante. Ce sont des isolateurs de câbles à haute tension, placés au rebut par notre fournisseur national d’électricité. C’est une sorte de révélation pour Marie-Claude, qui vient de trouver là des pièces de choix pour son client. Et, pourquoi pas, pour ceux qui suivront…

Cependant, travailler avec des matériaux recyclés demande une certaine sou­plesse. Car ce n’est pas la designer qui décide de la forme finale du meuble. Ce sont les ressources disponibles qui dictent, du moins en grande partie, de quoi il aura l’air. Qu’importe, Marie-Claude est heureuse, quand un défi de conception se présente. Aujourd’hui, elle pense écodesign. Et lorsque le nombre de pièces identiques récupérées le permet, elle conçoit également de petites séries. Mais loin, bien loin des procédés industriels des grandes entreprises.

Choisir l’originalité
Les mentalités d’aujourd’hui se sont éloignées des préjugés d’autre­fois, elles ont évolué. La population recherche un produit qui sera différent, mais qui répondra tout de même à une préoccupation environnementale. Les partisans du beau et du recyclage veulent également lancer un message : « C’est un statement que les gens font, quand ils ont chez eux un meuble fabriqué de matériaux recyclés. Ceux qui visitent Monde Ruelle recherchent ce type de produit », explique Marie-Claude. Ils savent, avant leur entrée, que ce qu’ils verront dans la boutique sera osé, contemporain. Pas besoin de sillonner les rues de la ville et de visiter tous les « vendeurs de meubles ». Ne posent-ils quand même pas quelques questions sur l’origine, l’histoire du morceau? « Ce sont les journalistes qui posent des questions! » rit-elle.

Certes, les barres de métal et les porcelaines que Marie-Claude utilise ont été mises au rebut. Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas des déchets; seulement des matières devenues inutiles pour certains, mais que d’autres brûlent de revaloriser. Une chose est sûre : plus jamais je ne regarderai de la même manière les isolateurs de câbles à haute tension.

Marie-Claude Parenteau-Lebeuf | Galerie Monde Ruelle | 2205, rue Parthenais, local 112 | Montréal | 514 290-3338 | www.monderuelle.com

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