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Jean-François Provost, artiste en arts visuels : Des yeux et des oreilles






Jean-François Provost était musicien. Il l’est toujours, d’ailleurs! Ce qui l’a conduit aux arts visuels? La suggestion d’une amie… Après une courte hésitation, il décide de s’informer sur le programme qu’offre l’Université du Québec en Outaouais. Son destin est alors scellé…

La route qu’il suivait à ce moment-là ne menait pourtant pas vers cet embranchement. Jean-François jouait de la musi­que classique tout en poursuivant ses études en sciences humaines. La peinture ne l’avait jamais vraiment intéressé, bien qu’à un certain moment, il ait fait une tentative. « Ma mère en faisait, donc, au milieu des années 1990, j’ai fait quelques toiles pour le plaisir », concède Jean-François. Mais c’est en s’initiant aux arts visuels qu’il découvre une nouvelle passion.

Tout en s’efforçant de faire cohabiter cette dernière avec la musique, l’étudiant devenu artiste découvre rapidement sa voie. Jean-François comprend ce qui l’attire réellement : il veut faire évoluer l’art, tout en prenant des risques. Le questionnement, l’expérimentation et la recherche font partie intégrante de sa vie. Ses toiles se composent d’une source éclectique de techniques et de matériaux variés : la tapisserie, le fusain, le simple crayonné et l’huile. Les couleurs s’affichent en masses imposantes, tandis que les tissus, découpés intui­tivement, s’ajoutent en couches superposées.

Ses sources d’inspiration sont nombreuses et très diversifiées. Les peintres qui ont forgé son style font partie des grands, tels que Tàpies et Riopelle. Le dadaïsme et l’automatisme ont aussi une influence directe sur lui. Les événements qui ont cours sur la planète jouent par ailleurs un grand rôle dans sa quête de renouvellement. Ainsi, en 2008, les violences au Tibet le touchent particulièrement. Une toile naît de ces intenses réflexions : Décharge fébrile.

En 2010, il plonge avec délectation dans l’écoute d’une musique provenant tout droit de la Renaissance : Les lamentations de la Renaissance. Les airs, nourrissants, racontent l’histoire du prophète Jérémie et de la chute de Jérusalem. « À l’intérieur de ces morceaux se cachent la tristesse, le bonheur, l’espérance », explique Jean-François. Ces moments intimes avec la musique lui inspirent une longue série de tableaux, nommée Lamentations.

Puis, à peine un an plus tard, l’actualité le rattrape encore une fois. Le séisme qui a eu lieu au Japon, en
mars 2011, le secoue profondément. « Je me suis beaucoup questionné. J’ai réfléchi à la destruction et à l’austérité qui a suivi. Puis, à l’espérance », confie-t-il. Il donne suite à ces réflexions en produisant une se­conde série de toiles, qu’il nomme alors Lamentations japonaises.

Malgré les succès qui s’accumulent, Jean-François refuse de s’en tenir à un seul créneau. Il souhaite se lancer dans le vide. « Je ne suis pas esclave d’un seul style. Je veux essayer de nouvelles choses, tenter ma chance », poursuit-il. Plasticien d’origine, il aime expérimenter avec beaucoup de matières et ainsi procéder à une cer­taine forme d’exploration. Quelques-unes des œuvres exposées sur son site Internet, des dessins linéaires au fusain ou au simple crayon, témoignent de ces ten­tatives potentiellement significatives. « Quand un geste me semble être porteur, je le note, et j’en fais l’essai un peu plus tard », explique-t-il. Néanmoins, une œuvre réalisée en 2010, qu’il a nommée Attache ta tuque, lance un message très clair : elle avertit le public que quelque chose s’en vient. « En fait, c’est presque un retour en arrière », assure-t-il avec un brin de mystère dans la voix. À l’université, les étudiants n’utilisaient que très peu de peinture, se concentrant sur la matière. L’artiste d’aujourd’hui souhaite maintenant retourner à ses origines, à ses influences de départ.

Pour le moment, Jean-François partage son temps entre deux ateliers, le premier à la maison, le second à Montréal, dans le quartier Mile End. Cet endroit extrêmement stimulant comprend de nombreux ateliers d’artistes et des galeries. « C’est vraiment là que ça se passe. Je suis content d’y être! » explique-t-il. Point névralgique du quartier, le centre Clark ouvre chaque année ses portes aux visiteurs, qui peuvent en profiter pour observer les artistes au travail, questionner leur approche. « Ça permet de créer un pont entre nous et les gens du public. On a la chance d’expliquer ce que l’on fait, pourquoi on le fait. Ça démystifie la démarche. » Et pour les projets à long terme? « Pour l’instant, on y va au jour le jour. Mais je ne dis pas… Peut-être qu’un jour, j’aimerais aller voir ce qui se fait à l’étranger! » confie-t-il. Qui sait ce que réserve l’avenir?

Jean-François Provost
819 607-0843
www.jeanfrancoisprovost.ca

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