Jo Ann Lanneville, artiste graveuse : Gravé dans le coeur






Pourquoi avoir choisi les arts? Sublime questionÂ… que Jo Ann Lanneville ne sÂ’est jamais vraiment posĂ©e : ce sont les arts qui lÂ’ont choisie! Encore aujourdÂ’hui, on peut sans peine discerner une intense passion dans sa voix.

Lorsque Jo Ann Ă©tait enfant, sa mère lÂ’a inscrite Ă  des cours de dessin et de bricolage. Quelle aubaine pour elle, qui adorait crayonner! Mais dans son cas, il ne sÂ’agissait pas simplement de reproduire des images glanĂ©es çà et lĂ . Dans sa ville natale de Trois-Rivières, elle sÂ’asseyait au bord du Saint-Laurent pour esquisser le mouvement de lÂ’eau et des nuages : « Je faisais beaucoup de dessin dÂ’observation. Je rĂ©alisais dĂ©jĂ  des choses importantes, Ă  ce moment-lĂ  », se souvient-elle.

Au terme de ses Ă©tudes au secondaire, elle se dirige naturellement vers les arts au cĂ©gep. Sur les conseils de ses parents, elle opte pour le dessin dÂ’architecture. Rapidement, elle fait un constat : cette discipline ne lui convient pas. « JÂ’y suis restĂ©e un an seulement! » avoue-t-elle en riant. Cependant, les notions assimilĂ©es – points de fuite, dessin technique, lecture des plans – sont prĂ©cieuses. « Je ne regrette pas du tout cette pĂ©riode, ça mÂ’aide encore aujourdÂ’hui », raconte-t-elle.

Les annĂ©es suivantes, elle sÂ’initie aux arts de lÂ’environnement : lÂ’intĂ©gration dÂ’une Âśuvre Ă  travers bâtiments et artères commerciales. CÂ’est au cours de cet apprentissage que survient un Ă©vĂ©nement dĂ©terminant pour lÂ’avenir de Jo Ann. Sa professeure lui fait dĂ©couvrir, par la bande, la gravure. Notre jeune Ă©tudiante, impressionnĂ©e, tombe sous le charme. CÂ’est ainsi quÂ’Ă  la fin de ses Ă©tudes, elle fonde, en compagnie de quelques autres finissants, lÂ’atelier de gravure Presse Papier, toujours en activitĂ©. CÂ’est le dĂ©but dÂ’une longue histoire dÂ’amour entre Jo Ann et la gravure, qui dure encore aujourdÂ’hui.

Mystérieux procédés
Pour le nĂ©ophyte, la gravure jouit dÂ’une aura de mystère. Les instruments utilisĂ©s ont des appellations Ă©nigmatiques : burin, stylet, pointe sèche. Ces outils permettent aux artistes de graver, directement sur une plaque de mĂ©tal, des images et des mots. Ceux-ci sont ensuite transfĂ©rĂ©s sur papier grâce Ă  une mĂ©thode spĂ©ciale dÂ’impression. Cependant, graver des images aux contours fluides Ă  lÂ’aide dÂ’ustensiles pointus sÂ’avère une tâche complexe et dĂ©licate. « Il faut se battre contre la matière, explique Jo Ann. Il faut aussi travailler Ă  lÂ’envers, car lÂ’image transfĂ©rĂ©e sera le positif de ce que lÂ’on fait sur la plaque. Ça prend un cerveau, disons, particulier! » prĂ©cise-t-elle avec le sourire.

Une autre technique, celle-lĂ  indirecte, demande une comprĂ©hension profon­de de certaines rĂ©actions chimiques. LÂ’image est dessinĂ©e par le biais dÂ’une suite de procĂ©dĂ©s plutĂ´t compliquĂ©e. Puis, des mixtures synthĂ©tiques grillent littĂ©ralement la plaque, en suivant les contours de lÂ’image : un sillon est alors formĂ©. CÂ’est dans ce sillon que la peinture sÂ’accumulera, avant dÂ’ĂŞtre trans­fĂ©rĂ©e sur papier. LÂ’artiste revĂŞt alors un deuxième chapeau, celui de chimiste. Il sÂ’agit donc de contrĂ´ler les fluides, lÂ’environnement, lÂ’humiditĂ©, la chaleur, etc. LÂ’opĂ©ration impressionne Ă  tous coups : « Quand je lève la plaque et que les gens voient lÂ’image sur le papier, il y a beaucoup de “oh!” et de “ah!” » rĂ©vèle Jo Ann avec un plaisir Ă©vident.

Se découvrir… à cent lieues de chez soi
Les sĂ©jours de crĂ©ation que Jo Ann a accomplis dans divers pays ont ouvert son horizon imaginatif. Prague, oĂą elle se retrouve au dĂ©but des annĂ©es 1990 en compagnie dÂ’autres artistes, la marque beaucoup. Elle se souvient avoir tentĂ©, en vain, de communiquer avec un « maĂ®tre artiste tout de blanc vĂŞtu » qui ne parle ni anglais ni français. Un interprète lui conseille de sillonner les rues de la ville, afin de sÂ’imprĂ©gner de lÂ’atmosphère. CÂ’est un moment charnière dans la vie de Jo Ann. Comme une Ă©ponge, elle absorbe les vibrations que lui apporte le contact avec les autres. Cette expĂ©rience lÂ’Ă©meut profondĂ©ment. « Seule face au travail, loin de chez moi, jÂ’ai compris que jÂ’Ă©tais vraiment influencĂ©e par un lieu et ses gens », raconte-t-elle avec Ă©motion. DÂ’autres escapades suivront; elles la bouleverseront infiniment.

Agir, c’est une création continue
TourmentĂ©e par lÂ’Ă©tat de notre environnement et le dĂ©sordre dans lequel nous lÂ’abandonnerons, fatalement, Ă  nos enfants, Jo Ann a crĂ©Ă© quelques Âśuvres Ă©vocatrices : un Âśuf arborant des plumes ou encore une roche recouverte de fourrure. « Ce sont des choses loufoques aujourdÂ’hui, mais peut-ĂŞtre existeront-elles demain. CÂ’est un message que je lance », explique-t-elle, avec lÂ’objectif avouĂ© de faire prendre conscience quÂ’une extravagance peut devenir rĂ©alitĂ©. « Non, je nÂ’ai pas la prĂ©tention de changer le monde. Mais ce que je peux faire, eh bien, je le ferai », conclut-elle avec sagesse. Nul doute que lÂ’Âśil averti, en contemplant les Âśuvres magnifiques de lÂ’artiste, en comprendra aisĂ©ment le subtil message.

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