Judith Dubord, artiste du verre : Fibre de verre






Ce sont les événements de la vie qui, souvent, dictent aux hommes – et aux femmes! – la marche à suivre. Judith Dubord souhaitait trouver une occupation qui l’aiderait à vivre pleinement sa grossesse. Le hasard faisant bien les choses, elle a remarqué une petite annonce proposant un cours d’initiation au vitrail. Comme son grand-père et son père avant elle, elle s’est lancée avec enthousiasme dans cette activité. Puis, elle a suivi une formation en thermoformage. Bien malin celui qui aurait pu prédire la suite! Voici l’histoire d’un passe-temps très agréable devenu un art parfaitement maîtrisé.

Judith Dubord travaille ce matériau depuis 10 ans déjà. Après maintes lectures sur les méthodes de fabri­cation du vitrail et dÂ’autres types de verre, elle décide de suivre un cours en fusion, une technique totalement différente. CÂ’est le coup de foudre. « JÂ’ai tellement aimé la fusion que jÂ’ai laissé tomber le vitrail! » Le procédé nécessite deux cuissons : la première fusionne les couleurs et les types de verre, dÂ’où le nom fusion. Ensuite, cÂ’est le thermoformage, réalisé à lÂ’aide de moules façonnés à lÂ’avance. « Il existe des moules en acier inoxydable, dÂ’autres en céramique, décrit Judith. Souvent, jÂ’utilise des moules en laine de céramique réfractaire, que je fabrique moi-même. » Les feuilles, dÂ’une épaisseur dÂ’environ 2,5 cm, sont travaillées à la main, à lÂ’aide dÂ’objets plutôtÂ… inusités! « Des couteaux, des cuillères, des fourchettes, tout ce qui me tombe sous la main et qui me permet de graver et de former le moule comme je le veux », explique lÂ’artiste.

Battre le verre pendant quÂ’il est chaudÂ…
Ses pièces sont de facture résolument urbaine, contemporaine. Y trouverait-on aussi une touche asiatique? « Je crois bien que oui. CÂ’est un style très recherché, qui sÂ’apparente au genre contemporain. JÂ’essaie toujours de faire des pièces qui laissent passer la lumière. Je nÂ’aime pas ce qui est trop chargé. JÂ’aime que ça ait lÂ’air zen! » En 2006, un événement malheureux bouscule un peu les choses. À la suite du décès de lÂ’artisane qui conçoit les couverts du restaurant Laurie-Raphaël, un ami ébéniste, déjà employé par les propriétaires du restaurant, la met en communication avec ces derniers. Le contact s’établit, puis elle est officiellement recrutée pour poursuivre la production momentanément arrêtée. « Daniel Vézina est un chef très impliqué. Il aime encourager les producteurs et artisans québécois. Son approche est semblable à la mienne : épurée, moderne. Nous nous sommes rejoints sur ce plan. Par la suite, cette expérience mÂ’a ouvert des portes! » raconte avec engouement Judith.

Après avoir, pour un temps, embrassé la vie trépidante de Montréal, Judith et son conjoint décident de revenir à Saint-Jean-Port-Joli, dÂ’où celui-ci est originaire. Avec plusieurs points de vente au Québec, Judith Dubord apprend à diver­sifier son produit. « La clientèle nÂ’est pas tout à fait la même ici, dans le Bas-du-Fleuve, qu’à Montréal ou à Québec, explique-t-elle. Ce sont principalement des touristes qui sÂ’arrêtent dans les boutiques de métiers dÂ’art, et les goûts sont vraiment différents dÂ’une région à lÂ’autre. Certaines pièces sont uniques à un territoire. » CÂ’est dans sa propre maison, quÂ’elle a soigneu­sement choisie en vue de pouvoir y installer un atelier, que Judith réalise ses Âœuvres. DÂ’ailleurs, les gens sont souvent surpris dÂ’apprendre quÂ’elle travaille le verre à lÂ’intérieur de sa demeure. « Contrairement à ce que les gens pensent, bien que la température monte à plus de 800 °C, le four nÂ’est pas chaud, car il est extrêmement bien isolé. » En contrôlant la chaleur, elle expérimente avec le matériau. « Le verre est un liquide solidifié. Quand on le chauffe, il réagit en fondant, un peu comme le fait la glace. Il est possible de laisser des pièces de verre à demi fondues pour créer des reliefs. » Le verre doit être importé du sud de la frontière, car au Québec, il nÂ’existe aucune compagnie qui le fabrique en grande quantité. Trop coûteux? « La fabrication du verre nécessite un équipement incroyable et des connaissances très poussées, répond lÂ’ar­tiste. Des chimistes et des physiciens sont employés pour concevoir les recettes. Les Américains possèdent déjà tous ces équipements et ces connaissances. »

La touche finale
En cours de fabrication, Judith ajoute sur certaines de ses pièces des nuances de couleurs à lÂ’aide de peintures spéciales. « Ce sont des produits conçus spécialement pour être cuits, explique Judith. La peinture est ajoutée après la fusion du verre, mais avant le thermoformage. Certaines peintures sont au mica, dÂ’autres à base de fibre de verre. Les émaux sont faits de fines particules de verre. » Les peintures sont inaltérables. Jamais la couleur ne se délavera. Le produit est dÂ’une grande durabilité. Or ces techniques relativement nouvelles ne semblent pas être utilisées autant par les hommes que par les femmes. « Je ne connais quÂ’un seul homme qui a fait du thermoformage un métier. Des cohortes de femmes prennent dÂ’assaut les écoles de verrerie aujourdÂ’hui », affirme Judith. Pourquoi? CÂ’est peut-être une simple question dÂ’intérêtÂ… « Moi, je fabrique des assiettes. Peut-être les gars sont moins intéressés à la cuisine », confie lÂ’artiste en riant. Une chose est sûre, Judith Dubord ne se questionne pas sur son choix. Ses pièces magnifiques en sont la preuve!

Judith Dubord • 418 598-9197• www.judithdubord.com

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