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Manon Dussault, artiste du textile : Artiste à plusieurs têtes






À écouter Manon Dussault raconter son histoire et parler de ses multiples projets, on est convaincu d’une chose : l’artiste qui a fait du textile sa matière fétiche ira loin.

Artiste dans l’âme, Manon Dussault a toujours été attirée vers le design. « Je me souviens quand j’étais jeune, je regardais Madeleine Arbour à la télévision, confie-t-elle. [Cette artiste québécoise animait une chronique sur le design intérieur à l’émission Femmes d’aujourd’hui.] Juste à l’entendre parler de design, de formes, de couleurs, j’entrais quasiment en transe! »

Mais, à l’époque, il n’était pas évident pour la jeune adolescente qu’elle était d’affirmer haut et fort son attirance envers les arts. « Pour mes parents, ce n’était pas un choix de carrière valable. Je me sentais cou­pable de dire à l’orienteur que ce qui m’intéressait le plus, c’était de regarder les revues, les couleurs, les images », se souvient-elle. Elle a donc choisi la voie de l’enseignement des arts au primaire et au secondaire. Elle croyait rester en contact avec la création, mais la réalité du métier est tout autre : « Tu n’as pas le temps de créer, tu consacres tout ton temps à l’enseignement », dit-elle.

Lassée, voulant « se faire plaisir », elle abandonna l’enseignement des années plus tard pour suivre un cours en design de mode. Elle a alors travaillé avec plusieurs designers québécois et acquis une bonne expérience dans le milieu.

Pendant ce temps, le tissu et ses multiples possibilités n’ont cessé de la fasciner. « Quand je dessi­nais une col­lection, je voyais la coloration ou le motif qui allait avec le modèle. Mais, la plupart du temps, je ne réus­sissais pas à trouver ce que j’avais en tête », raconte-t-elle. Elle décida donc de parfaire ses connais­sances en prenant quelques cours au Centre design et im­pression textile de Montréal... et finit par compléter le DEC de trois ans, passionnée par le sujet.

Tissu caméléon
Aujourd’hui âgée de 53 ans, nouvellement installée dans une maison à Saint-Hubert, où elle est en train de transformer son sous-sol en atelier, Manon Dussault est sur le point de réaliser son rêve : travailler le tissu sans s’imposer de limites. « Pour moi, le tissu peut tout représenter! » lance l’artiste. Souple et sans forme, il peut se transformer au gré de celui qui le manipule, évoquant parfois légèreté, transparence et fragilité. C’est le cas de certaines sculptures de Manon Dussault, qui donnent l’impression que le tissu tient tout seul, flottant dans les airs. Mais, il peut aussi devenir rigide et méconnaissable : « Par exemple, je peux rigidifier le tissu et l’accrocher sur le mur; les gens auront l’impression que c’est du métal », explique-t-elle.

L’artiste utilise des tissus pour créer différents objets; tantôt elle fabrique un abat-jour, tantôt elle crée des linges de cuisine et se sert de cannelle ou de curcuma pour les teindre. Peu importe la transformation qu’elle fait subir aux tissus, Manon Dussault veut « sortir de la norme, aller au-delà de ce à quoi on s’attend de ce matériel, lui donner une autre forme, une texture nouvelle ».

Se démarquer
Inspirée, l’artiste a mille projets en tête, certains commerciaux, d’autres artistiques. Elle aimerait créer une collection de literies biologiques pour les petits, sur lesquelles seraient imprimés des motifs enfantins. Plusieurs designers ont manifesté de l’intérêt pour son expertise et, bientôt, elle créera probablement des tissus exclusivement pour cer­tains d’entre eux. « Je veux me concentrer sur le haut de gamme avec des produits uniques, précise-t-elle, pour arriver à enrichir, à ennoblir le tissu et me démarquer de ce qui est fait en Chine, par exemple. »

Avec son bagage, Manon Dussault a tous les atouts en main pour que ses créations soient en demande bien au-delà des frontières québécoises. « J’ai des amis français qui m’assurent que je ferais fureur en Europe! Le marché ici est assez petit, donc je vise vraiment le marché extérieur à moyen et long terme », explique celle qui se dit ouverte à l’idée d’aller s’installer ailleurs.

Son plus grand défi? Ne pas être trop critique envers elle-même : « Je dois apprendre à écouter ceux qui ont un regard neuf sur mon travail et qui l’apprécient... Mon chum me surveille et il me dit sou­vent : “Ne jette pas ça!” » conclut-elle en riant.

Manon Dussault
514 531-8173
www.tissuurbain.com

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