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Lisa Tognon, artiste en arts visuels : Univers inconscient






Tous les jours, Lisa Tognon s’installe au papier et s’abandonne. Elle se laisse emporter par ses émotions, ne connaissant jamais d’avance le résultat. Ce n’est qu’ensuite qu’elle découvre l’univers qui s’est créé presque malgré elle…

Depuis toujours, le dessin et la peinture font partie intégrante de la vie de Lisa Tognon : son père a fait les beaux-arts et sa grand-mère dessinait. « Chez nous, se souvient-elle, ça faisait partie du quotidien, d’avoir du matériel de dessin et de peinture. » Il n’est donc pas étonnant qu’elle détienne un diplôme en arts plastiques avec une majeure en gravure de l’Université du Québec à Montréal.

Pour créer ses œuvres, Lisa Tognon utilise le dessin, la peinture ou la gravure à tirage unique, rehaussées d’encre ou d’acrylique, et d’incrustations. Ces techni­ques, elle les applique sur le papier, son matériau de prédilection. « C’est un vieux médium, affirme-t-elle. Je pense qu’il y a là-dedans quelque chose de plus ancien que nous, dans la mémoire du corps, dans l’inconscient… » Un inconscient qui la guide.

Suivre le mouvement
Lorsqu’elle crée, Lisa se met dans un état de réception, un état de calme. « Je travaille avec les émotions, la partie inconsciente, sans volonté d’arriver à un résultat précis. C’est à ce moment que les choses naissent, explique-t-elle. Je suis le mouvement du pinceau et de la matière, ce qui m’amène à des points de réflexion. »

C’est ainsi, par exemple, qu’elle a un jour ressenti l’envie de brûler du papier. « Étant devant le papier, je l’ai brûlé… J’ai travaillé toute la série Materia prima à partir de ça. J’avais besoin de brûler des choses et je me suis mise à dessiner des volcans! » raconte l’artiste. C’est ensuite qu’elle cherche l’explication. Dans le cas du feu, elle l’a trouvée chez Carl Jung, médecin, psychiatre et psychologue. « Si on regarde les archétypes de Jung, le feu vient à la suite de fortes tristesses qu’on a besoin de transformer. Le feu est l’élément symbolique du changement de la matière. Il peut tout transformer », explique Lisa.

Dans sa recherche de sens, l’artiste de Laval ne veut pas seulement se comprendre elle-même. « Je cherche aussi à comprendre un peu plus l’Univers, dit-elle, à comprendre l’ensemble par le phénomène culturel, la littérature, la musique… parce qu’il y a des liens entre tout ça, et c’est ce que je cherche : faire des liens pour essayer de comprendre comment fonctionne tout ça, la créativité et moi là-dedans… »

Au sujet des liens qui unissent différents arts au-delà de notre com­préhension, Lisa relate son expérience avec Bach : « En écoutant la Passion selon saint Matthieu, j’ai eu l’impression que c’était comme si l’encre captait la bonne fréquence. Ça me permettait de dessiner parfaitement en accord avec la musique, un peu hors de ma volonté. Ça part donc de l’inconscient avec la volonté d’exprimer quelque chose. Après, les choses se placent et se construisent… » Par la suite, Lisa a appris que, selon Fabienne Verdier peintre d’origine française, Bach était une porte d’entrée pour l’art, pour se mettre en disposition artistique. « Il y a des œuvres tellement grandes qu’elles touchent quelque chose de presque universel, de très profond. On possède l’Univers à l’intérieur de soi, et c’est comme si on puisait là-dedans », affirme Lisa Tognon.

Un tout…
Transformations, liens entre les arts… Ces thèmes ont inspiré le titre de la dernière exposition de Lisa à la Maison des arts de Laval, Passage, une presque rétrospective qui sera reprise au Musée des beaux-arts de Sherbrooke en 2012. L’artiste y expose également une installation créée à partir de papiers flottants et de ses anciennes plaques de gravure en cuivre, ainsi recyclées. Aussi de la partie, la danseuse Ginette Boutin a présenté sa chorégraphie inspirée de l’œuvre de Lisa Tognon.

Cette expérience a stimulé Lisa, qui aimerait travailler sur un ensemble. « Le son, la lumière, les ombres, les mots, l’écriture, la matière… J’aimerais que tout soit réuni dans une œuvre, une exposition comme une seule œuvre, lance-t-elle. Mais comme je travaille avec l’inconscient, je ne sais pas si je peux m’y rendre. Si je savais d’avance ce que je vais faire… »

Tous les jours, Lisa Tognon s’installe au papier et s’abandonne… « Si ça parle et que je sens une résonance, j’avance, confie l’artiste. Sinon, je passe à autre chose. » Le risque est là mais, comme elle le dit, il faut accepter d’avoir peur, il faut « apprivoiser la peur ».

www.lisatognon.com

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