Étienne Gélinas, sculpteur et artiste peintre: Engendrer une contradiction






Ce sont des tourments extraordinaires qui agitent Étienne Gélinas; de ceux qui amènent à se questionner sur la place de l’être dans la société, sur ses aspirations profondes, sur la réalisation – ou la non-réalisation – de ses désirs. Ces difficiles interrogations guident les pensées d’Étienne lorsqu’il peint ou sculpte.

AujourdÂ’hui, Étienne GĂ©linas est un artiste accompli, mais son parcours est loin dÂ’ĂŞtre terminĂ©. Sa dĂ©marche se veut dĂ©nonciatrice, non pas des hommes, mais des codes que ceux-ci se sont donnĂ©s, et quÂ’ils suivent parfois aveuglĂ©ment. Il sÂ’affaire Ă  dĂ©couvrir le moyen dÂ’articuler, de matĂ©rialiser, par la peinture et la sculpture, des contradictions qui le fascinent : la rigiditĂ© du milieu par rapport au rĂŞve; lÂ’inflexibilitĂ© par rapport Ă  la soif de libertĂ©. Pour en arriver lĂ , Étienne GĂ©linas est passĂ© par de nombreuses Ă©tapes, ponctuĂ©es de frĂ©quents virages brusques.

Un parcours sinueux
Pendant sa jeunesse, il a toujours peint et sculptĂ©. « Je faisais du dessin et du bricolage sans y penser, juste pour le plaisir, parce que jÂ’aimais cela, raconte Étienne. Ă€ lÂ’Ă©cole, Ă  Maniwaki, je devais choisir entre la musique et les arts plastiques. Pour moi, la musique, cÂ’Ă©tait non. JÂ’Ă©tais heureux de faire des arts. » Pourtant, il nÂ’avait jamais envisagĂ© une carrière dans ce domaine. Au cĂ©gep, il Ă©tudie brièvement dans la transformation des produits forestiers, puis il dĂ©vie vers lÂ’aĂ©rospatiale. « Les avions, les moteursÂ… Petit, je suivais mon grand-père Ă  lÂ’ate­lier, il Ă©tait mĂ©canicien, il mÂ’a tout appris. La mĂ©canique, cÂ’Ă©tait facile. Je me suis dirigĂ© vers quelque chose que je savais pouvoir rĂ©ussir. » Il dĂ©croche un poste au contrĂ´le de la qualitĂ© pour lÂ’industrie aĂ©rospatiale et travaille dans les usines de Bombardier et de Pratt & Whitney. « Ă€ 19 ans, jÂ’Ă©tais dĂ©jĂ  bien installĂ© dans la routine, jÂ’avais un très bon salaire et les dettes qui lÂ’accompagnaient. Mais je me suis demandĂ© : Est-ce que cÂ’est ça que je veux? Je me suis vraiment remis en question », confie-t-il. Il retourne donc aux Ă©tudes, en gĂ©nie Ă©lectrique. « Mais je ne savais toujours pas qui jÂ’Ă©tais. »

Ce sont des amis Ă©tudiant les arts qui rĂ©ussissent Ă  le convaincre dÂ’intĂ©grer une formation artistique Ă  sa grille de cours. « JÂ’ai eu la piqĂ»re. Je me suis tout de suite inscrit pour un bac en arts », lance Étienne. La sculpture a Ă©tĂ© son premier amour. Ses Ă©tudes passĂ©es en aĂ©rospatiale lui ont souvent donnĂ© une longueur dÂ’avance sur les autres Ă©lèves. « Oui, ce bagage de connaissances mÂ’a beaucoup aidĂ©. Je maĂ®trisais les propriĂ©tĂ©s et la physique des mĂ©taux. Je savais comment crĂ©er une structure. Les autres Ă©tudiants arrivaient parfois avec des sculptures qui tombaient en morceaux, car ils nÂ’appliquaient pas les règles! » AujourdÂ’hui, ses matĂ©riaux de base proviennent des rejets dÂ’une usine de fabrication de pièces de mĂ©tal. « Je prends un gros paquet de mĂ©taux, que je trie par la suite. Quelquefois, les pièces se rĂ©vèlent dÂ’elles-mĂŞmes, et je nÂ’ai quÂ’Ă  les poser sur un socle. Elles ont dĂ©jĂ  une âme, que je tente de me rĂ©approprier. DÂ’autres pièces sont longuement travaillĂ©es », explique lÂ’artiste.

En toile de fond
Après la sculpture vient la peinture. « JÂ’ai eu la chance dÂ’avoir un professeur de peinture extraordinaire, qui avait une approche qui mÂ’a complètement enchantĂ©. » Dans ses Âśuvres, Étienne tente de trouver le sym­bole qui lui per­mettra dÂ’exprimer sa hantise de la rigiditĂ©. Ses tableaux prĂ©sentent des mĂ©langes spectaculaires entre la formalitĂ© des plans dÂ’architecte et lÂ’affran­chissement des couleurs projetĂ©es sans arrière-pensĂ©es. CÂ’est lÂ’intuition qui sÂ’Ă©lève contre les diktats des protocoles. « CÂ’est simplement une mise en opposition des conventions de la sociĂ©tĂ©. Avec lÂ’architecture, jÂ’expose les lignes droites, les angles, mais par-dessus, je rĂ©pands lÂ’aspect pictural et Ă©motif des choses », dĂ©crit-il. Il pointe du doigt les standards, les doctrines, la folie de lÂ’acquisition, du plus gros, du plus grand. « Je veux que les gens prennent conscience du système dans lequel nous vivons, et de leurs rĂŞves de jeu­nesse abandonnĂ©s. Bien sĂ»r, la collectivitĂ© doit se doter dÂ’un cadre, sans lequel lÂ’anarchie rĂ©gnerait. Mais il faut cesser de numĂ©riser les gens. Il faut retrouver son instinctÂ… », affirme Étienne avec beaucoup de conviction. Il ajoute avec un sourire en coin : « Il faut rĂ©veiller la bĂŞte qui sommeille en nous! »

Diffuser le message
Les expositions dans les galeries dÂ’art se font plus nombreuses pour Étienne GĂ©linas depuis quelques annĂ©es, et les entrevues, plus frĂ©quentes. Comment a-t-il atteint cet objectif? « Je me suis investi! JÂ’ai de la facilitĂ© Ă  Ă©tablir le contact avec les gens. Un jour, jÂ’ai fait une expo dans un cafĂ©. Après lÂ’avoir visitĂ©e, une personne qui avait lÂ’intention dÂ’ouvrir une galerie mÂ’a demandĂ© de participer Ă  un projet pilote, ce que jÂ’ai fait. Puis, un journaliste a couvert lÂ’Ă©vĂ©nement, et voilĂ , cÂ’est la roue qui tourne... » AssurĂ©ment, les occasions dÂ’admirer ses Âśuvres se multiplieront au cours des prochains mois. Un bon moyen de plonger le regard profondĂ©ment Ă  lÂ’intĂ©rieur des paradoxes contre lesquels il sÂ’Ă©lève, en toute connaissance de causeÂ…

www.etiennegelinas.com

Expositions Ă  venir :

7 mai au 26 juin 2011 :
Centre d’interprétation du Château Logue, à Maniwaki

Ă€ partir du 14 juillet 2011 :
Galerie Thompson Landry, Ă  Toronto

Ă€ partir de fĂ©vrier 2012 :
Théâtre La Nouvelle Scène, à Ottawa

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