Kristine Girard, artiste peintre : Sorcière du sfumato






L’œuvre de Kristine Girard est contemporaine, mais cette artiste peintre se passionne pour les techniques de peinture anciennes. Elle maîtrise entre autres à merveille le sfumato, une technique mise au point par Léonard de Vinci qui consiste à appliquer plusieurs minces couches de peinture pour donner une impression de profondeur.

L’avenir de Kristine se dessine tôt. Dès l’âge de treize ans, avec sa première « vraie » paie, elle s’achète un ensemble complet pour peindre : chevalet, coffre en bois, peinture, pinceaux… « Pour les toiles, j’utilisais les tuiles de plafond qui étaient restées après que mon père eut fini des rénovations à la maison, se souvient en souriant l’artiste native de Chicoutimi. Je peignais des paysages. » À la même époque, elle s’offre des cours de peinture chez les religieuses, une expérience peu concluante… « J’aimais l’art, mais je n’aimais pas qu’on me dicte quoi faire. »

Histoire de l’art
Inscrite en Histoire de l’art à l’Université de Montréal, Kristine y découvre les grands peintres de la Renaissance et, surtout, une technique qu’elle fera sienne, le sfumato. Son intérêt pour les pigments naturels s’accroît aussi, ce qui l’amène à suivre des
cours particuliers en techniques de peinture ancien­nes à l’Atelier Jacques Lajeunesse, à Montréal.

« À partir de ce moment, je me suis mise à peindre selon ces techniques et à travailler en décor de cinéma », explique Kristine. Elle y gagne son surnom, « Kristine la patine ». De plus, deux des films pour lesquels elle a travaillé aux décors remportent des Jutra dans la catégorie Meilleur film d’animation, des réalisations de Patrick Bouchard : Dehors novembre (2005) et Les ramoneurs céré­braux (2002), ce dernier ayant aussi gagné plu­sieurs prix internationaux. Vous pouvez voir ces films sur le site de l’Office national du film du Canada (www.onf.ca).

Retour au Saguenay inspirant
Sa « carrière cinématographique », Kristine la mène de son Saguenay, où elle est retournée vivre en 1996. Ce n’est que depuis 2010 qu’elle se concentre uniquement sur sa production per­sonnelle, toujours avec les techniques anciennes, particulièrement le sfumato. « Quand tu connais cette technique, tu analyses les couleurs et la matière. À partir de là, je peux représenter ce que je veux. Par exemple, si je ramasse un bout de bois, je peux le décomposer pour obtenir chacune des couleurs. C’est comme pour un mets, quand on repère chacune de ses composantes, de ses épices », affirme l’artiste qui cuisine aussi des repas gastronomiques à domicile, chez des gens, les fins de semaine, pour arrondir ses fins de mois. « Et comme pour la peinture, je suis incapable de suivre une recette dans un livre. Je ne suis pas chimiste, mais à l’écoute de mes sens, même un peu sorcière… »

Or, elle n’applique pas intégralement les techni­ques de peinture des XVe et XVIe siècles. « J’applique ces techniques à notre époque, avec des produits contemporains, explique Kristine. D’ailleurs, j’aime travailler des matières incompatibles. Elles se repoussent, mais je sais ce qui va réagir, com­ment, avec quoi et quand. Et le sfumato me permet d’aller chercher les textures que je désire après les réactions entre ces matières. »

Cette connaissance, Kristine l’a acquise par expérimentation. Aujourd’hui, elle maîtrise très bien la chimie des médiums, qu’ils soient à base d’eau, à l’huile ou liés par des colles. Elle utilise aussi d’autres matériaux pour obtenir des textures ou des empreintes, par exemple de la corde ou des pneus. Et elle laisse toujours une empreinte de laiton sur ses œuvres, c’est sa signature, un peu comme un sceau du XVe siècle.

Inspirante nature
C’est souvent lors de ses balades dans la nature ou lorsqu’elle joue dehors avec ses quatre enfants qu’elle trouve l’inspiration pour les couleurs. « Je suis une fille de plein air », affirme-t-elle. Heureu­sement pour sa santé, puisque les solvants qu’elle utilise sont souvent très toxiques, de même que la poudre de métaux.

Originale, la façon de peindre de Kristine deman­de cependant du temps. L’étape de séchage nécessaire entre les différentes couches de pein­ture peut être longue, ce qui limite sa production à deux ou trois toiles par mois, lorsqu’elle en crée deux en même temps.

Si la nature l’inspire pour choisir ses couleurs, Kristine se laisse emporter par les émotions pour les appliquer. De grandes émotions qui nous donnent à admirer de grandes toiles, dans tous les sens du terme.

www.kristinegirard.ca

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