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Karine Pellerin, horlogère






Artiste du temps
Le temps… Peut-être ce qu’il y a maintenant de plus précieux. Tout le monde en manque! Et assez curieusement, alors que nous en voudrions tous davantage, ceux qui en sont maîtres sont de plus en plus rares : l’horloger est une race en voie d’extinction. On imagine un vieil homme avec ses grosses lunettes penché sur sa table de travail, jusqu’à ce que l’on rencontre cette jeune femme menue, Karine Pellerin.

Lors de notre rencontre, je n’avais qu’une question en tête : Qu’est-ce qui amène une jeune femme à devenir horlogère? Un métier que le quartz et l’affichage numérique ont poussé hors du temps… « Quand j’étais petite, il y avait un coucou à la maison, avec les cocottes et le petit oiseau. Ça me fascinait. Mon père me levait, je tournais les aiguilles et l’oiseau sortait, raconte Karine, encore émerveillée. Un peu plus tard, j’ai voulu savoir comment ça fonctionnait et mon père l’a décroché du mur… J’ai vu le mécanisme et les petites roues. Ça a piqué ma curiosité. Puis, vers 9 ou 10 ans, mes parents m’ont donné un jeu de Meccano pour Noël. » Les jeux étaient faits… Karine a passé le reste de son enfance avec engrenages, roues, tournevis et le reste à fabriquer tracteurs et pelles mécaniques.

Au secondaire, Karine a songé à devenir mécanicienne, mais l’orienteur a fait remarquer à cette jeune fille de Bécancour qu’elle n’avait peut-être pas le physique de l’emploi… Peu après, elle voit à la télévision une publicité de l’École nationale d’horlogerie de Trois-Rivières, la seule institution à offrir cette spécialité au Canada. « À la fin du secondaire, j’ai appliqué là et en design de présentation au Cégep de Sainte-Foy, parce que j’aimais aussi beaucoup les arts, souligne Karine. J’ai été acceptée aux deux endroits, mais j’ai choisi le design. C’est ce qui m’a aidée par la suite à faire mes créations, puisque j’y ai fait du dessin technique, de la conception, de la réalisation… »

Les aiguilles trottent dans sa tête
Karine crée son entreprise en design et y travaille quelques années, mais des aiguilles d’horloge lui trottent toujours dans la tête. Elle s’inscrit donc à l’école d’horlogerie. De son groupe, seuls 12 élèves obtiendront leur diplôme, pour tout le Canada!

Dans le cadre de son cours, elle effectue un stage en Suisse. « J’ai vu tout ce qui se faisait en horlogerie là-bas. C’est incroyable : les ornementations, la noblesse des matériaux… À mon retour, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas eu beaucoup d’évolution ici, que c’était vraiment classique. »

Karine adore évidemment entretenir et réparer le mécanisme des vieilles horloges; elle les démonte, en nettoie les pièces au bain à ultrasons et les remonte, usinant même les pièces brisées si nécessaire. Par contre, pour faire évoluer l’horlogerie québécoise et satisfaire son besoin de création, elle s’est aussi lancée dans la création de modèles plus modernes. « Je crois que je suis l’une des seules horlogères au Québec à fabriquer des horloges plus sculpturales, affirme-t-elle. Lorsque je fabrique mes boîtiers, je pars d’un cube que je découpe; je travaille la forme, les courbes. Puis, je creuse l’intérieur pour insérer le mécanisme, en calculant l’espace nécessaire pour la caisse de résonance de la sonnerie. Le son dépend de cet espace et de l’essence du bois, un peu comme pour une guitare. »

Minutie
Qui travaille avec les minutes doit faire preuve de minutie. Outre la noblesse des essences de bois utilisées et la qualité des méca­nismes qu’elle importe d’Allemagne et peaufine dans son atelier, les horloges de Karine se démarquent également par leur impeccable finition, jusque dans le moindre détail. Par exemple, les pattes de la Muse sont coulées dans le bronze et plaquées d’or 14 carats. De plus, tous les cadrans sont faits à la main par une verrière ou une céramiste, les coloris et les chiffres étant incrustés dans le matériau. Résistance au temps garantie.

Par ailleurs, Karine a suivi un cours en compagnie de la céramiste avec qui elle collabore et fabrique maintenant des horloges miniatures en céramique, du même style que celles en bois, plus imposantes.

Intemporelles
Artiste du temps, Karine a souligné le 400e anniversaire de Québec en créant une horloge faite des essences de bois présentes à l’épo­que de la Nouvelle-France. Grâce à cette création, l’horlogère a fait partie des artisans accrédités officiellement par la Société du 400e.

Si les horloges Pellerin sont aujourd’hui présentées dans les galeries d’art, c’est parce que ce sont de véritables sculptures, chacune étant unique. Des œuvres indémodables qui vous bercent de leurs tics et de leurs tacs pour l’éternité. Des œuvres d’une femme ricaneuse bien de son temps.

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