Karine Demers, verrière : Verre passion






Karine Demers est hypnotisée par le charme du verre, un matériau difficile à apprivoiser, souvent insaisissable, qui la fascine comme au premier jour. Traçant sa voie avec résilience et ténacité, elle s’est fait remarquer par le Cirque du Soleil. Gageons que ce n’est qu’un début.

Tout a commencé avec une formation en vitrail, que Karine Demers a suivie à la Galerie du Verrier, à Granby, au tournant des années 2000. Engagée par la suite pour travailler en boutique, elle passe vite à l’arrière et confectionne les vitraux. Son patron du moment, passionné du verre, lui montre comment faire fondre le matériau avec un petit chalumeau.

Intriguée, elle s’inscrit à une formation d’un week-end à Espace VERRE, à Montréal, et décide finalement de se lancer dans un cours de trois ans, où elle se fait la main aux diverses techniques du verre : vitrail, bien sûr, mais aussi travail à froid, comme le polissage, et travail à la roue et à chaud, sur le verre en fusion.

Le déclic se fait lorsqu’elle assiste à son premier cours de dessin sur verre. Diplômée du cégep en arts plastiques, elle avait déjà un penchant pour ce médium. « Tout a débloqué dans ce cours-là, se souvient-elle. Ç’a été un déclic : je me suis mise à peinturer sur les pièces de verre soufflé que je créais. Je pouvais combiner les deux, intégrer le dessin dans mon travail. »

Apprivoiser le verre
Même si elle travaille le verre depuis près de dix ans, Karine Demers avoue humblement qu’elle a encore du chemin à faire pour maîtriser parfaitement la technique. « C’est un matériau capricieux et très technique, l’apprentissage est sans fin et il y a plusieurs contraintes à respecter, plein de facteurs qui peuvent l’influencer. On se laisse toujours surprendre par le verre », affirme-t-elle.

Loin d’être démontée, l’artiste se dit stimulée par le défi que lui pose chaque jour son matériau : « Disons que ça met du piquant! Des fois, c’est frustrant parce que je n’arrive pas au résultat voulu à cause d’une petite variable que je n’avais pas comprise. Mais quand je finis par découvrir le pourquoi, c’est comme si je comprenais mieux mon matériau. » Ce travail où la patience est de mise est devenu une véritable passion pour Karine Demers. « Je suis tout le temps en train de penser à mes créations, à ce que je pourrais faire », dit la jeune maman de deux enfants.

Formes humaines
Retournée vivre à Granby, sa ville natale, après ses études, la verrière partage son temps entre son atelier à la maison, où elle peaufine ses dessins, et l’espace qu’elle loue à Espace VERRE, où elle souffle ses pièces. Deux moments – l’un axé sur la création, l’autre sur la production – qui bâtissent son équilibre.

C’est dans cet équilibre que Karine Demers a trouvé son style unique, où se rejoignent dessin et travail du verre. Vases et presse-papiers sont tous joliment décorés de ses dessins représentant des personnages enfantins aux traits naïfs. Après avoir laissé refroidir ses pièces, elle les recouvre d’émail, du verre réduit en fine poudre de couleur, à l’aide d’un aérographe (airbrush). Elle « gratte » ensuite des parties pour faire apparaître l’image graphique. « Je dessine en soustrayant, finalement », image-t-elle. Cette technique lui permet de jouer avec deux opposés, soit la transparence et l’opacité, une dualité qui lui plaît. « La pièce est transparente, et l’émail que je mets par-dessus la rend opaque, comme un manteau. Après, c’est comme si je grattais des fenêtres pour qu’on voie à l’intérieur. J’aime cette idée de pouvoir tout voir en cachant des parties. »

Dans l’arène
Le travail unique de l’artiste ne passe pas inaperçu. Elle a d’ailleurs confectionné trois vases et deux presse-papiers ins-pirés des personnages du Cirque du Soleil pour la collection 2010 de la compagnie. Un gros travail de production qui lui a permis de se faire la main techniquement et d’explorer sa créativité. « C’était vraiment une belle commande, raconte-t-elle. La partie création m’a forcée à imaginer de nouveaux dessins, de nouvelles lignes, car je devais m’inspirer de leurs personnages tout en gardant ma propre esthétique. Bref, arriver à se faire rencontrer Karine Demers et le Cirque du Soleil! »

Espérant voir son contrat reconduit pour l’année 2011, la verrière caresse quelques projets, dont celui de se remettre plus sérieusement à la production de ses magnifiques œuvres picturales en verre soufflé, un pan plus créatif de son travail qu’elle a dû laisser de côté ces dernières années pour élever ses deux jeunes garçons. L’artiste aimerait éventuellement construire chez elle son propre atelier. Un travail de longue haleine qui demande beaucoup d’investissement, mais qu’elle a bon espoir de réaliser un jour.

Les pièces de Karine Demers sont en vente dans une dizaine de boutiques à travers le Québec.

www.karinedemers.com

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