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Élise Gendron, artiste designer






Designer industrielle de formation, Élise Gendron se voue désormais à sa passion : la revalorisation de meubles auxquels elle insuffle une nouvelle vie, colorée. Métamorphose.

Second souffle
Élise Gendron a passé la première partie de sa vie professionnelle dans l’industrie du textile, après des études en design industriel à l’Université de Montréal. « J’ai vu le début de la fin de cette industrie au Québec », se désole-t-elle. À la recherche de travail et nouvelle résidente de la région de l’Estrie, elle suit donc son MBA à l’Université de Sherbrooke, puis travaille pour une industrie du domaine éolien. Mais le cœur n’y était pas. « Je caressais le projet de démarrer une entreprise dans la revalorisation de meubles depuis une dizaine d’années. Mais à l’époque, j’avais des peurs financières et j’hésitais à me lancer. Mais une fois la quarantaine arrivée, j’ai eu un souffle de vie! On a seulement une vie… Je suis une personne active, j’aime bouger et je ne me voyais pas continuer à travailler derrière un ordinateur. »

Retroussant ses manches, elle s’est inscrite il y a un peu plus d’un an à un programme de soutien aux travailleurs autonomes. Ensuite, elle a démarré sa propre entreprise, loué une vitrine pour y exposer ses meubles et réalisé un contrat pour un restaurant de Sherbrooke. Aujourd’hui, elle s’apprête à ouvrir son premier atelier-boutique. Pas de doute, Élisio est prête à déployer ses ailes.

R comme rétro
Élise Gendron a choisi un créneau bien particulier. Ne lui parlez pas de revaloriser des meubles antiques! Elle s’intéresse plutôt à un tout autre pan du patrimoine québécois : celui des meubles rétro, issus des années 1950 et 1960. « Un style qui est décidément tendance actuellement », affirme en connaissance de cause la designer, qui se dit particulièrement inspirée par l’art moderne et le style scandinave. « J’aime beaucoup la pureté, l’épuration, les formes courbes qu’on retrouve dans les meubles de ces années-là », ajoute-t-elle.

L’artiste sait faire ressortir l’unicité de ces meubles oubliés en y appliquant des teintures aux couleurs vives et brillantes qui leur insufflent une nouvelle vie. « J’aime prendre des meubles laids pour leur donner un beau look! Les gens sont souvent très étonnés par le résultat, les meubles sont méconnaissables », raconte-t-elle. Son secret? Ses recettes de teintures maison, qu’elle a raffinées au fil du temps, en retapant ses propres meubles. « J’ai commencé il y a plus de dix ans, en décapant puis vernissant des meubles pour moi. Puis, je me suis intéressée aux teintures, mais souvent je n’arrivais pas à avoir la couleur et le résultat voulus. J’ai donc commencé à faire mes propres mélanges. C’est vraiment devenu une passion! »

Adorant travailler avec des essences nobles comme le teck ou le noyer, l’artiste met souvent en valeur la matière, laissant voir sous les couleurs la texture du bois. « L’essence m’inspire pour la couleur de la teinture. C’est rare que je peigne un meuble entièrement d’une couleur opaque. Par exemple, en mettant du bleu turquoise sur du noyer, il y a du brun qui va ressortir, ce qui crée un effet très intéressant. Je trouve que le grain du bois donne beaucoup de chaleur à un meuble », explique Élise. C’est donc en explorant les finis qu’elle applique sur les meubles et en y changeant des petits détails, comme des pattes ou des poignées qu’elle remplace par des rondelles de troncs d’arbres, que la designer réussit à personna-liser ses créations. D’un meuble à l’autre, on reconnaît sa signature unique.

Les 3 R du meuble
La mission d’Élisio s’articule autour de trois R : revalorisation, recyclage et récupération. « C’est la mission que je me suis donnée, explique l’artiste. On consomme pour jeter, on achète des meubles venus de Chine, par exemple, dont la qualité est discu-table, qui sont fabriqués par des gens sous-payés et qui sont transportés en conteneur jusqu’ici. Toute cette industrie de l’import-export est très polluante », affirme-t-elle, ajoutant qu’elle se fait un point d’honneur d’utiliser les produits les plus écologiques possible. D’autant plus que les meubles fabriqués au Québec dans les années 1950 et 1960 sont d’une grande qualité. « Beaucoup de meubles sont faits d’essences nobles plaquées en laminé, et le bois utilisé dessous pouvait être du merisier ou de l’érable. Ils sont très solides. On ne peut pas brûler ça! » dit-elle avec conviction.

À cette mission s’en ajoute une autre, complémentaire : l’éducation. « J’aimerais amener les gens à regarder autrement le meuble et à être créatifs. Pour le faire, je crois beaucoup au fait de passer par les enfants plutôt que les adultes, qui sont souvent pris avec leurs vieilles habitudes. » Elle prévoit déjà donner des conférences et organiser des ateliers dans les écoles primaires et secondaires. Les jeunes pourraient alors eux-mêmes réaliser de petits projets de revalorisation d’objets.

L’entrepreneuse a d’ailleurs l’intention d’offrir des formations dans son futur atelier. Avis aux intéressés!

www.elisio.ca

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