Caroline Hébert, artiste du verre : En verre et contre tout!






La transparence, qualité première du verre, est aussi celle de l’artiste Caroline Hébert. Un grand livre ouvert sur l’espoir, une vie dans une maison de verre qui ne craint plus les pots cassés… Une foi à toute épreuve, en verre et contre tout!

Deux petites phrases du site Internet (www.latraverrec.com) de Caroline Hébert ont attiré mon attention : « Une visite à domicile s’impose pour discuter du rêve à mettre à la lumière » et « Au plaisir de réaliser une œuvre de vitrail en harmonie avec votre intérieur. » Mettre son rêve à la lumière? Vivre en harmonie avec son intérieur? Deux projets de vie pour lesquels Caroline a mené une chaude lutte, surtout contre elle-même…

Un rêve à mettre à la lumière
Enfant, l’artiste aujourd’hui âgée de 33 ans se rendait à l’église tous les dimanches avec ses parents. « Je n’aimais pas ça, mais je devais y aller, confie Caroline. Et je devais écouter le sermon parce que mes parents me posaient des questions. » Ça ne l’empêchait tout de même pas de rêvasser en contemplant les vitraux et d’être fascinée par les si belles couleurs des rayons de soleil.

Ces couleurs, elle les utilisait déjà dans ses dessins, mais de là à penser qu’elle pourrait en faire un métier… Ça ne se fait pas dans « une famille de polices » : son père était policier, son grand-père était policier (chef du Service de police de Montréal durant la crise d’octobre 1970), des oncles étaient policiers... « J’étais le mouton noir, se souvient-elle. Si je disais ce que je pensais, je passais pour une “bizarre”. Il n’y avait pas beaucoup de place pour une opinion autre que celle que l’on nous donnait. »

Les arts lui donnent cependant l’occasion de s’exprimer, d’être dans son univers, mais Caroline ne l’a accepté que beaucoup plus tard. Pendant longtemps, elle a essayé de se conformer, d’abord en devenant professeure d’anglais. « Mais je sentais que je devais me déguiser en prof parce que je ne l’étais pas du tout… » Deuxième essai : infirmière auxiliaire. Elle avait été aide-bénéficiaire pour payer ses études universitaires et avait aimé le contact avec les mourants. « On parlait des vraies affaires », dit-elle. Tiens, tiens, les vraies affaires…

L’harmonie intérieure
Quand elle a mis fin à sa carrière professorale et qu’elle s’est dirigée vers le secteur de la santé, Caroline a vécu une crise existen-tielle. « Je vivais une dualité : être celle que je suis réellement ou celle que les autres voulaient que je sois », explique-t-elle, la voix empreinte d’émotion. Pour s’apaiser, elle s’est donné un cadeau… « De moi à moi, je me suis offert un cours de vitrail. J’ai alors compris que j’avais le contrôle sur ma vie et que je pouvais faire ce qui me plaisait, peu importe ce que les autres diraient. »

Elle remercie encore son conjoint, qui lui a un peu poussé dans le dos. « Caro, c’est ça que tu veux faire? Fais-le et ça va se placer », rapporte Caroline. Et effectivement, les signes ne manquent pas depuis pour lui signifier qu’elle a trouvé sa voie.

Premier signe? En 2004, elle a rencontré l’artiste du verre Caroline Beale au Symposium du verre à Prévost. Elles sont rapidement devenues de grandes amies, mais Mme Beale est décédée un peu plus tard des suites d’une maladie, alors que Caroline venait d’accoucher. À ce moment, Caroline se demandait toujours si elle se lancerait entièrement dans l’aventure du verre… jusqu’à ce que le conjoint de son amie disparue l’appelle pour lui dire qu’il souhaitait lui donner tout son matériel : moule, verre et même le four…

Deuxième signe? Caroline cherchait une artiste qui lui enseignerait l’art de la grisaille, une vieille technique utilisée pour les vitraux d’église. Après de multiples et vaines recherches, elle rentre chez elle un soir et apprend que la sœur de son voisin, qu’elle ne connaît pas, n’est nulle autre que Lise Charland, une « top » dans ce domaine. Elle saura plus tard que durant les vingt dernières années, Lise Charland n’a eu qu’une apprentie : Caroline Beale… Le monde est petit.

Des signes, Caroline Hébert en a eu de nombreux comme ceux-ci. Et si elle dirige son art vers la grisaille, sa vie, au contraire, s’illumine. « On est ici pour apprendre, pour grandir. Plein d’événements et de gens sont mis sur notre chemin pour nous faire allumer », confie-t-elle. Si elle a sorti l’Église de sa vie, la spiritualité y tient encore une grande place. Cette vie, aussi lumineuse que ses verrières, Caroline en profite à plein… et nous également, grâce à ses œuvres pleines de lumière.

www.latraverrec.com

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